Après la présidence, est venu le temps de la course aux autres postes. Sont ainsi offerts à la convoitises des députés les postes de membres du bureau de l'Assemblée nationale.

Commençons par le moins important, le poste de secrétaire. C'est une coquille vide, un titre formel qui donne peu de droits. On assiste aux réunions de bureau, ce qui permet d'avoir l'information et de pouvoir se faire le relais des collègues de temps à autre. On grimpe aussi dans la subtile hiérarchie de l'Assemblée, où tous les députés ne sont pas égaux. On le voit dans l'attribution des bureaux, où les plus hauts dans la hiérarchie sont les premiers servis. Entrent en compte l'ancienneté (nombre de mandats), l'exercice actuel ou ancien de responsabilités (ancien ministre, vice-président de l'Assemblée, président ou vice-président de commission), le poids médiatique, la proximité politique avec un grand leader. Etre élu secrétaire permet de peser un peu plus et d'obtenir davantage ce que l'on demande. C'est invisible aux yeux du public, mais ça compte énormément, car c'est parfois un petit rien qui vous permet d'être désigné rapporteur sur un important projet de loi. Et en plus, secrétaire de l'Assemblée, cela fait bien sur une carte de visite et permet d'épater l'électeur de province en lui faisant croire qu'on est dans le saint des saints.

Autre poste plus prestigieux, mais offrant en fait assez peu de pouvoir, celui de vice-président. Là, les avantages matériels sont plus conséquents, avec l'attribution de bureaux très spacieux et très bien placés, à proximité immédiate de l'hémicycle. On gagne aussi un nombre de points suffisant pour vous faire passer en haut de la hiérarchie. Une fois que l'on est plus vice-président, on rechute assez rapidement et au bout de 5 ans, plus personne ne se souvient que vous étiez vice-président. Mais contrairement à la fonction de secrétaire de l'Assemblée, être vice-président présente des contraintes et demande des qualités que tous n'ont pas. Leur rôle est de suppléer le président pour la présidence des débats. Il faut donc que le vice-président ait suffisamment d'autorité pour distribuer la parole et la reprendre (ou la refuser) et qu'il soit capable de "tenir son hémicycle". Parfois, dans les débats houleux, ce n'est pas évident et le grand jeu de l'opposition est de ruser et de gagner du temps. Il faut donc un président de séance à la fois ferme et souple, pour que le débat ait lieu et qu'il ne s'enlise pas. En plus, cela demande de rester sur Paris les jeudi, voire les vendredi quand l'ordre du jour prévoit des séances. Cela implique de rester parfois des heures sur le fauteuil, à écouter des orateurs se succéder à la tribune devant trois pelés et deux tondus, en séance de nuit.

Troisième poste, très stratégique, celui de questeur. Ils sont trois (deux pour la majorité, un pour l'opposition) qui sont en charge de la gestion matérielle et financière de l'Assemblée. Ils tiennent la caisse, gèrent les bâtiments, les travaux, le personnel. Les avantages matériels sont plus que substantiels, puisqu'en plus d'un beau bureau et d'une secrétaire, ils ont aussi un luxueux appartement de fonction au sein même de l'Assemblée nationale (ils le prêtent très régulièrement aux députés pour des receptions, des repas de travail). C'est dire si le poste est stratégique et envié, mais il est rarement disponible car la fonction nécessite une certaine expérience et une continuité. Les questeurs sont souvent réélus et il n'est pas rare de voir certains rester 10 voire 15 ans. Cette année, les deux places de la majorité sont libres puisque Guy Drut et Claude Gaillard, les questeurs sortants, ne se sont pas représentés comme députés. Les candidatures sont nombreuses et parmi elles, il y en a une qui a provoqué un fou rire chez beaucoup, tellement c'est osé et culotté. Je vous laisse deviner de qui il s'agit...