Les résultats du second tour ne sont pas conformes à ce que l'on pouvait envisager au soir du premier tour. Sans que l'on puisse parler de déroute pour la droite (elle perd des circonscriptions, mais elle en gagne aussi), la vague s'est brisée.

Tous les regards se portent sur l'affaire de la TVA sociale, maladroitement lancée par Borloo et adroitement reprise par la gauche qui y a trouvé le chiffon rouge médiatique qu'elle attendait depuis longtemps. Est-ce là le seul ressort de cette nette inflexion du second tour ? Cela a joué, c'est indéniable et les oreilles de Borloo risquent de siffler pendant un certain temps. D'aucuns l'accusent même d'avoir sciemment "foutu la merde" par dépit de ne pas avoir nommé Premier Ministre. Ca augure bien pour la solidarité de l'équipe Sarkozy.

Mais il n'y a pas eu que cela. Le choix des électeurs du Modem de se rallier assez massivement aux candidatures d'opposition à beaucoup joué. Dans un certain nombre de circonscriptions, ils étaient les arbitres du scrutin et ils ont écouté les appels de Bayrou, mais aussi de Ségolène Royal en faveur du "pluralisme". Quand on regarde près la carte des élus et des battus, il n'y a pas tant que cela de surprises et nombre de députés UMP annoncés comme "fragiles" ont été battus. On est retombé dans une configuration "normale", assez conforme à l'état des forces politiques et des évolutions de fond. La Gauche continue à garder ses bastions du Sud-Ouest, continue à se renforcer dans l'Ouest (le résultat breton est significatif à cet égard).

Un troisième facteur a pu jouer, celui de l'abstention, qui a changé de camp. Les électeurs de droite ont pu se sentir démobilisés, estimant la partie gagnée après un premier tour en fanfare. A l'inverse, les électeurs de gauche ont eu un sursaut et ont retrouvé un peu de combativité, l'abstention n'étant pas tellement dans leur culture politique. Le résultat du premier tour aurait presque fait oublier que Ségolène Royal a fait 47% de voix, ce qui est une défaite, mais pas un désastre. Et comme les meilleures terres de droite ont désigné leur député dès le premier tour, ne restait en jeu que les circonscriptions les moins favorables, d'où une impression de débâcle de la droite.

Je pense que sur ces deux scrutins, présidentiel et législatif, les électeurs ont globalement fait preuve d'une grande maturité. Lors de la présidentielle, ils ont le fait le choix clair d'un homme et d'un projet cohérent, lui donnant, mais pas trop, les moyens de mener sa politique.