Un rapport vient de paraître (plus ou moins officiellement) sur la dégradation des relations entre la police et une partie de la population de la Seine-saint-Denis. Cette information n'est pas franchement une surprise. La haine des jeunes de banlieue pour la Police, les graves problèmes de délinquance, la puissance de l'économie parallèle, tout cela est connu, de longue date. Il n'y a pas que dans ce département que le problème se pose, mais il atteint là une masse critique que l'on ne rencontre nulle part ailleurs.

Qu'il puisse exister des zones de non droit, qu'une partie de la population, qui plus est concentrée dans une zone géographique restreinte, soit en rejet des institutions et des règles, c'est une situation inacceptable. La réponse ne peut pas être seulement sécuritaire, et pourtant, tout le monde semble ne voir que cet aspect. La question centrale, ce n'est pas le symptôme, mais le mal profond, celui de l'exclusion et de la ghettoïsation des plus pauvres. La société française des quarante dernières années n'a pas pu ou voulu mettre les moyens nécessaires pour réduire la "fracture sociale", l'abandon des populations les plus faibles. Je suis inquiet pour l'avenir sur ce sujet, car je ne sens pas dans le projet de Nicolas Sarkozy la volonté de s'y attaquer. Il ne s'en occupe pas parce derrière, il n'y a pas de demande sociale, car le programme de Nicolas Sarkozy est une offre bâtie après examen très approfondi de la demande. Les français continuent à considérer la politique du ghetto, de la banlieue-poubelle, comme une solution acceptable à la question de la grande misère et de l'immigration. La seule contrainte est d'arriver à maintenir le couvercle de la marmite bien fermé.

On pourrait mener une autre politique sur ce sujet. Certes, il faudrait y mettre les moyens, mais ce n'est pas seulement une question d'argent. C'est aussi une question d'acceptation de l'autre, d'acceptation de la mixité. C'est un problème qui devient de plus en plus lourd à mesure qu'on avance dans le temps, car plus une frange de la population s'enfonce, plus la mixité devient difficile à mettre en oeuvre. Moi-même, j'accepte un peu de mixité sociale, mais il y a des limites. La clé du problème, c'est le choix ou non de partager.

C'est le résultat de l'égoïsme d'une génération, celle qui a pris le pouvoir dans les années 70 (voyez de qui je veux parler...) et qui a refusé de partager, avec les autres, mais aussi avec les générations futures. Ils ont tout bouffé pour leur plaisir, leur confort, laissant les plus pauvres sur le bord du chemin. Dans les années 70, avec la fin du modèle économique des "trente glorieuses", la ressource à partager est devenue moins abondante (même s'il en restait). Le choix aurait pu être fait de réduire la voilure pour tout le monde, chacun prenant sa part de récession. C'est un autre choix qui a été fait, celui de préserver la part de certains, et tant pis pour les autres (en général ceux qui n'avaient pas accès aux centres de décision). On en paie aujourd'hui le prix, majoré des intérêts de retards. Et malheureusement, ce n'est pas fini.