La réforme des universités est de nouveau en route. Après un premier raté en 2005 (par manque de courage politique), voilà l'université française remise sur la voie de l'autonomie. Lancée dans la foulée de la victoire et délestée d'éventuels chiffons rouges (sélection à l'entrée, hausse des droits d'inscription), elle ne suscite pas pour l'instant de réactions trop négatives, même si les organisations de gauche ne semblent pas très enthousiastes. Elles se rendent compte que la chose se fera, sans qu'ils puissent réagir, alors mieux vaut s'asseoir à la table des discussions et essayer de peser (un petit peu) sur le contenu de la réforme.

Jusqu'à maintenant, la gouvernance des université fonctionne selon le modèle du "bordel ambiant". Depuis 1968, les universités ont obtenu d'être démocratiquement auto-gérées, avec des conseils et des instances exécutives élues. Il faut voir dans quelles conditions se déroulent les conseils, la manière dont se prennent les décisions. J'ai été membre d'un conseil d'université, il y a quelques années. Je ne pense pas que les choses aient beaucoup changé depuis. J'assistais à des réunions qui duraient des heures (en général, l'après midi y passait), mal préparées (il n'était pas rare d'avoir les documents en début de réunion seulement) où chacun voulait prendre la parole pour faire entendre sa petite musique avant que le président de séance ne fasse passer à la sauvette les décisions déjà arrêtées ailleurs. Les conseils d'université sont de vastes mascarades, peuplées d'universitaires et d'étudiants plus compétents en agitation politico-syndicale qu'en gestion d'une structure administrative. Le résultat est dramatique et permet de comprendre en partie l'état où se trouve l'université française.

Maintenant que les universités vont être autonomes, qu'elles pourront librement recruter (les enseignants, mais aussi les personnels administratifs), qu'elles seront libres d'établir leur budget et de faire appel à des fonds privés, les choses devraient changer. Ceux qui se plaignent de l'état d'abandon du système universitaire vont maintenant avoir les moyens de le faire évoluer, sans les pesanteurs de la tutelle, sans les contraintes administratives qui retardent et paralysent tout.

Cette réforme est une révolution pour les universitaires et va sans doute provoquer un séisme dans ce petit monde clos, dans les prochaines années. Désormais, les universités seront autonomes (plus ou moins rapidement selon de degré de frilosité) et donc responsables de leurs résultats. Car autonomie rime avec responsabilité et lisibilité des résultats. Dans quelques années, certaines universités auront décollé, d'autres en seront toujours au même stade. Puisque l'on ne pourra plus accuser un tiers (en général l'Etat) d'éventuels mauvais résultats, il faudra bien que certains (voire beaucoup) se remettent en cause. Et en premier lieu les universitaires, ainsi mis devant leurs responsabilités. Cela risque d'être la fin des utopies et le retour sur terre pour des universitaires qui se prennent parfois pour des consultants indépendants, qui n'acceptent aucune évaluation autre que celle de leurs pairs, et encore, dans des limites étroites sans que cela sorte du cénacle. L'auto-gestion est sans doute un bel idéal, mais dans la réalité, c'est une source de gabegie d'inefficacité. Le problème pour tous les gauchistes qui peuplent l'université française, c'est que cela va se voir, et qu'il va bien falloir soit changer, soit expliquer pourquoi il faut continuer à aller dans le mur. On aura alors un exercice de vraie démocratie, celle où les enjeux et les choix sont clairs. Une révolution culture, je vous dis !