Shimon Pérès est encore candidat en Israël. A presque 84 ans, il brigue la présidence de la République. Il avait déjà raté la marche la dernière fois, battu de quelques voix par un quasi-inconnu, Moshé Katsav.

Shimon Pérès est un homme d'une très grande intelligence, qui a conservé malgré son grand âge une belle prestance physique et toutes ses facultés intellectuelles. Il a fait preuve tout au long de sa très longue carrière d'une capacité de survie hors du commun, s'accrochant au pouvoir comme une bernique à son rocher. Plusieurs fois considéré comme définitivement hors du jeu, il est encore là. C'est un homme qui n'a pourtant connu quasiment que des défaites électorales (1977, 1988, 1996). Plusieurs fois écarté de la tête du parti travailliste, il revient à chaque fois, jouant de son expérience, de son autorité morale et de son incroyable ténacité.

Aujourd'hui, il est toujours ministre, mais après la disparition politique d'Ariel Sharon, il est le dernier représentant de sa génération, celle qui a construit l'Etat d'Israël. Il pourrait être le grand-père de certains jeunes députés et ministres. Il y a là un véritable problème que l'on aborde pas assez, celui du décalage de génération en politique. Pérès est un magnifique cas d'école, car les différentes générations politiques israéliennes sont en grand décalage. Il y a la génération des pères fondateurs, ceux qui qui ont bâti Israël. Ils ont connu la guerre, les persécutions nazies. Beaucoup ne sont pas nés en Israël. Leur matrice intellectuelle et politique est un mélange de socialisme utopique et de domination orgueilleuse, avec les victoires de 1948, 1956 et surtout 1967, leur apogée. Vient la génération suivante, qui émerge dans les années 80 et 90. Ce sont les héritiers des premiers, qui récupèrent un pays en relative paix, prospère et sûr. C'est la génération de Barak, Nethanyaou, nés en Israël et déjà moins sûr de leur puissance. La guerre du Kippour a commencé a assombrir un ciel qui s'est encore couvert avec le conflit palestinien et le terrorisme. Enfin, la troisième génération qui est en train d'émerger a grandi avec l'intifada et les kamikazes palestiniens, avec une société de plus en plus clivée entre laïcs et religieux.

Comment voulez vous qu'un homme issu de la première génération puisse encore comprendre et être compris des jeunes de la troisième génération ? C'est un peu cela que nous avons vécu en France, avec un Jacques Chirac formé au temps du gaullisme et du pompidolisme triomphant. Plus le temps passait, plus il apparaissait en décalage avec la population, au point de reconnaitre, lors du fameux débat lors de la campagne référendaire de 2005, qu'il ne comprenait plus les jeunes. C'est le drame de nombre d'hommes politiques vieillissants, qui sont encore en bonne forme physique, qui ont toute leur tête et qui pensent sincèrement pouvoir être encore utiles, arguant de leur expérience. Souvent, ils font plus de mal que de bien, car ils bloquent des postes où des hommes et femmes plus jeunes et plus en phase avec la société, feraient aussi bien, voir mieux qu'eux. Il faut savoir décrocher, et en politique, cela semble encore plus difficile qu'ailleurs.