Je reprend ici un commentaire posté par Olivier "le gauchiste de service" sous l'article Recherche emploi.

"Le lobbying... Travailler en douce pour l'industrie chimique ou celle de l'armement, ou encore celle de l'alcool, et parvenir à influencer des élus pour obtenir des avantages pour ses clients, en catimini, au mépris de l'intérêt général... Je sais que la pratique n'est pas illégale, mais moralement : beurk !"

C'est un magnifique concentré de clichés sur le lobbying. Tout y est, y compris la vertueuse indignation morale. Sauf que le lobbying, c'est un peu plus complexe et nettement moins manichéen.

D'abord, les lobbystes ne travaillent pas en douce, ils sont rémunérés pour leur activité, qui est légale et déclarée au fisc. C'est une activité de conseil, au même titre que par exemple les avocats d'affaires qui travaillent sur les montages financiers. Allez vous dire qu'eux aussi, travaillent en douce ? Des clients, il y en a de toute sorte, et tous les secteurs que ce soit au niveau d'une grande entreprise, d'une branche ou d'une organisation professionnelle, pratiquent cette activité. Certains sont suffisamment importants pour avoir leur lobbyste maison, d'autres, de plus petite taille ou ayant moins de besoins, font appel ponctuellement à des cabinets de conseil en relations institutionnelles. L'environnement règlementaire est essentiel dans bon nombre de métiers, et parfois, un simple changement de virgule dans un texte de loi, un "ou" remplacé par un "et" peuvent coûter plusieurs milliers voire millions d'euros au secteur concerné. Il est normal qu'ils surveillent et fassent entendre leur point de vue sur des sujets qui les touchent de près. Je ne vois là rien d'immoral ou d'illicite. Tous peuvent avoir recours aux services d'un cabinet de lobbying pour faire entendre leur voix.

Deuxième point, ce sont les politiques qui décident, pas les lobbystes. Je suis bien placé pour voir que les efforts déployés par ces derniers sont parfois bien peu récompensés. C'est un travail ingrat, qui demande une attention de tous les instants, pour finalement n'arriver à rien car les jeux étaient déjà faits. N'allez pas croire, comme veulent le démontrer certains journalistes, que les politiques sont dans la main des intérêts financiers. Bien entendu qu'ils les écoutent, car ils ont du pouvoir, mais ils ne sont les seuls et le rôle des politiques est d'écouter tout le monde et d'estimer ce qui est bon pour le pays (et parfois ce qui est bon pour leur réélection). Bien souvent, ils ne font qu'arbitrer entre des pressions contraires, coincés qu'ils sont entre des lobbies aux intérêts divergents voire opposés, l'opinion publique, les contraintes économiques et budgétaires, les limites posées par la Constitution ou l'Union Européenne. Le lobbyste cherche l'information, met en contact, rédige les demandes, mais à un moment donné, la balle est dans le camp des politiques et toute intervention à ce stade est contre-productive.

Troisième point, votre indignation morale "beurk" m'amuse beaucoup, parce qu'il n'y a pas que l'industrie chimique ou les marchands d'armes qui font du lobbying. Les mouvements écologistes sont très bons dans ce domaine. J'ai aussi vu à l’œuvre l'équipe de lobbying pro-logiciels libres, lors des discussions sur la loi DADVSI. Ils utilisaient les mêmes techniques que les lobbystes de Vivendi. Certaines activités sont moralement peu défendables (tabacs, alcool, armes) je suis entièrement d'accord avec vous, mais pour autant, il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Le lobbying est un outil, qui n'est pas responsable de l'usage que l'on en fait. Ne mélangez pas tout dans vos indignations !