François Fillon abandonne officiellement la doctrine Jospin qui voulait qu'un membre du gouvernement abandonne ses mandats exécutifs locaux. Fin d'un expérience qui a causé plus de dégâts et d'hypocrisie que d'avantages. Cette position a commencé à craquer en 2004, avec le refus de Nicolas Sarkozy d'abandonner la présidence du conseil général des Hauts-de-Seine, suivi en 2005 par Pascal Clément et Christian Estrosi, eux aussi restés présidents de conseil général. En 2007, François Goulard et Jean-François Copé ont repris leurs places de maires tout en restant ministres.

Cette doctrine partait d'une bonne intention, celle d'avoir des ministres à plein temps, qui ne soient pas accaparés par un exécutif local. L'expérience a montré que c'est souvent le mandat local qui pâtit du cumul. La ville ronronne doucement quand le maire est occupé dans son ministère à Paris. La solution trouvée à l'époque par les élus concernés tenait du "foutage de gueule", puisque tous se sont mis premier adjoint ou premier vice-président, avec délégation générale. En même temps, ils se gardaient bien de quitter leur présidence de structure intercommunale, qui devient de plus en plus le véritable lieu de pouvoir. En bref, ils déléguaient à leur bras droit le titre et les fonctions de représentations, tout en gardant le vrai pouvoir. Le résultat sur la disponibilité des ministres était nul, puisque tous continuaient à revenir le week-end sur leur terrain électoral.

Par contre, cela a généré des effets pervers, avec des résultats assez désastreux pour la gauche. L'exemple type est Strasbourg. La maire en titre, Catherine Trautmann, en poste depuis 1989, met en place un intérimaire, Roland Ries. Or, celui ci se révèle talentueux et apprécié de tous. Quand la patronne est éjectée du gouvernement en 2000, elle demande à reprendre son siège, considérant l'intérim terminé. Elle le fait un peu brutalement, l'intérimaire se rebiffe un peu et en 2001, c'est la droite qui emporte le morceau, aidée en cela par les dissensions à gauche. Ailleurs, cela a donné l'occasion à certains seconds de faire leurs preuves et de prendre des postes qu'ils n'ont pas rendus, accélérant la mise à la retraite des leaders. C'est le cas des Côtes d'Armor où Charles Josselin abandonne une présidence de Conseil général qu'il ne reprendra pas, le successeur (qui n'était pas celui voulu par le sortant) étant trop bien installé.

Quand les publics concernés renâclent, que cela met du désordre et de la déstabilisation, sans pour autant atteindre l'objectif visé, il vaut mieux arrêter les frais.