Comme on pouvait s'y attendre, ça canade dur rue de Solférino. Dès le soir du second tour, Strauss-Kahn avait ouvert le feu, suivi de Fabius. Depuis, tout le monde s'y met, le dernier en date étant Raymond Forni, ancien président de l'Assemblée nationale et président du conseil régional de Franche-Comté. Son propos est révélateur de la situation pitoyable dans laquelle se trouve le parti socialiste. "Il faut se mettre au travail avec un nouveau responsable" et "le temps de François Hollande est passé". On l'a bien compris, la chasse est ouverte, le gibier désigné, mais cela mène à quoi ? A rien !

Avant de penser qui mettre à la tête du parti, il faut d'abord se demander : pour faire quoi ? Et là, on est dans le flou total. Raymond Forni se livre d'ailleurs à un magnifique exercice de langue de bois (dans la version DSK) : "Je suis favorable à une refondation du Parti socialiste sur la base de ce qui se fait dans d'autres pays d'Europe. Car on ne pourra pas être les derniers révolutionnaires qui maintiennent en vie des partis ou des groupuscules qui ne représentent qu'eux-mêmes". Sur quelles valeurs ? Quelle ligne ? Quelles analyses ? On n'en sait strictement rien sinon qu'il faut virer Hollande et l'aile gauche. Si on veut une vraie rénovation, il faut commencer par se demander ce que l'on veut faire, puis voir ensuite qui est le mieux à même de mener à bien l'opération.

Cette situation est dramatique pour la vie politique française, car nous avons besoin d'un parti de gauche suffisamment stable et représentatif pour jouer le rôle d'opposant. L'UMP et Nicolas Sarkozy ont besoin d'une gauche un minimum organisée, qui puisse présenter une alternative crédible, une espérance pour les électeurs de gauche. Faute de quoi, ils risquent d'exprimer leur volonté de changement autrement que dans les urnes. Une opposition crédible est utile pour le parti au pouvoir, car elle permet de souder ses troupes et d'éviter que cela parte dans tous les sens. Dans une démocratie, l'opposant est un adversaire, mais quelque part aussi un partenaire.

J'espère que passé l'été, les socialistes sauront refonder un parti qui en a bien besoin, car ce n'est pas seulement les têtes qu'il faut changer, c'est aussi le contenu idéologique qu'il faut rajeunir et rafraichir.