Après les ministres, c'est au tour des directeurs de cabinets (véritables vice-ministres) d'être nommés. Il semble que la volonté de rupture de Nicolas Sarkozy ne soit pas descendue jusque là. On y retrouve la même proportion d'énarques, souvent sortis dans les premiers, de polytechniciens, de normaliens (c'est à dire la quasi totalité). On voit des noms que l'on connait, certains roulant leur bosse dans le milieu des cabinets ministériels depuis des lustres. Et ils s'annoncent aussi pléthoriques que leurs prédécesseurs.

C'est pourtant là que se prennent les décisions (ou qu'elles se font assassiner), pas les grandes orientations, mais les petites décisions de mise en œuvre, les directives techniques. C'est là aussi que se fait le lien entre les politiques et les administratifs et c'est là que j'ai peur, car c'est dans ce milieu que l'on trouve les vrais "patrons" du système, qui trop souvent arbitrent en faveur de leur corps (l'administration) au détriment des politiques.

Une véritable rupture comme la souhaite Nicolas Sarkozy passe par une réforme profonde des cabinets ministériels. Il faut commencer par diminuer leur taille de manière drastique. Actuellement, ces cabinets doublonnent les administrations, chaque direction ou secteur un peu stratégique se voit affubler d'un conseiller technique. Le ministre ne travaille que très rarement avec ses directeurs, et pratiquement jamais avec ses sous-directeurs. Ne parlons pas des chefs de bureau. Un véritable filtre a été mis en place, certes loyal politiquement au pouvoir en place, mais qui n'oublie jamais d'où il vient. Dans un deuxième temps, il faudra recentrer le cabinet sur les fonctions purement politiques et le faire redevenir le "super secrétariat privé" accompagné de quelques conseillers politiques qu'il n'aurait pas du cesser d'être. Enfin, troisième étage de la fusée, diversifier la composition de ces cabinets, en écartant le plus possible les hauts fonctionnaires, dont ce n'est pas le rôle.

Sur cette rupture là, je suis assez pessimiste. Elle conditionne pourtant largement la réussite des stratégies de réforme de l'Etat que semble vouloir mettre en oeuvre le nouveau président.