Quelques remarques et commentaires sur le nouveau gouvernement

Alain Juppé : ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables

Nicolas Sarkozy respecte la parole donnée à Nicolas Hulot. Celui-ci demandait que l'environnement soit donné à un homme politique de poids, qui ait le rang ou le titre de vice-premier ministre. Avec son titre de Ministre d'Etat et de numéro 2 du gouvernement, la condition est remplie. Pour ce qui est du poids politique, c'est aussi le cas. Je suis assez optimiste sur l'action future d'Alain Juppé. Il n'a plus rien à prouver, plus rien à attendre. Il sait depuis 1997 que la présidence de la République, ce n'est pas pour lui. L'élection de Nicolas Sarkozy vient de clore définitivement toute vélléité qui pouvait subsister. C'est un homme libre, qui peut encore servir et être utile et sa présence est une preuve que l'environnement devient une priorité. On ne nomme pas Alain Juppé à un poste de simple figuration.

Jean-Louis Borloo : ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi

C'est clair, le redécoupage administratif visait clairement Bercy, qui se trouve scindé entre la politique économique d'un coté, le budget et les finances de l'Etat de l'autre. Jean-Louis Borloo va pouvoir exercer sa grande créativité au service de l'Emploi et de la croissance, ce qu'il faisait déjà dans le gouvernement Villepin, mais cette fois ci avec les moyens matériels et les leviers de commande qui pourraient lui permettre de réussir. Ils ne vont pas être déçus les fonctionnaires de Bercy.

Michèle Alliot-Marie : ministre de l’Intérieur, de l’Outre-Mer et des Collectivités territoriales

Elle était invirable, mais comme elle est compétente et solide, je pense qu'elle fera du bon boulot dans ce nouveau poste.

Bernard Kouchner : ministre des Affaires étrangères et européennes

La touche exotique. Le choix n'est pas mauvais, Kouchner ayant une longue expérience internationale, sous différents angles (humanitaire, administrateur du Kosovo). Il connait, il est connu, a ses propres réseaux qui ne sont pas forcement ceux de la diplomatie officielle. Il peut réellement apporter un plus. Lui aussi est un homme libre, qui n'attend plus rien. Et en plus, cela nous débarassera de Christine Ockrent. Allez hop, un peu de renouvellement à la télévision.

Brice Hortefeux : ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement

Il l'a promis, il l'a fait ! Et en plus, Brice Hortefeux est parfait dans ce rôle du père fouettard. Pas évident d'être populaire à cette place, mais Brice, il s'en fout. Il ne faut pas être sentimental ni craindre les haines. Là aussi, Brice il s'en fout. A noter toutefois que le périmètre du ministère intégre le codéveloppement. Espérons que ce ne soit pas juste un mot mis là pour faire joli, et qu'il y ait enfin une politique de co développement digne de ce nom en France.

Rachida Dati : garde des Sceaux, ministre de la Justice

Voilà enfin une femme, issue d'une "minorité visible" qui n'est pas mise là parce qu'elle est femme et/ou minorité visible. Elle a tous les titres pour occuper ce poste du seul fait de ses compétences. Reste à voir ce que cela va donner une fois en action. A suivre donc.

Xavier Bertrand : ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité

Un futur Premier Ministre celui-là, à qui on donne toutes les bombes à retardement et qui arrive à les désamorcer. Parce que dans ce domaine du travail et de la sécurité sociale, il y a en a des pièges et des sujets chauds (service minimum dans les transports, représentativité syndicale, dialogue social en général, régime spéciaux de retraite...).

Xavier Darcos : ministre de l’Education nationale

Un inspecteur général de l'Education nationale, qui a déjà été ministre (délégué à l'enseignement scolaire). Il devrait bien tenir sa boutique, sans vague et sans explosion. C'est tout ce qu'on lui demande.

Valérie Pécresse : ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Fallait bien trouver des femmes pour mettre de la parité. Valérie Pécresse n'est pas mal, bien que très classique dans son parcours. C'est son premier poste ministériel, après seulement cinq ans au Parlement (sur un siège offert tout cuit sur un plateau dans les Yvelines). Quelle tenue de route sur route mouillée ? On n'en sait rien, car elle n'a jamais traversé le gros temps et les orages autres que les combats feutrés des cabinets ministériels. Il faut voir à l'oeuvre, mais une fois de plus, la Recherche n'est pas la priorité de ce début de mandat. On ne peut pas mettre des vice-premier ministres partout.

Hervé Morin : ministre de la Défense

L'UDF de service. Après avoir chatouillé l'UMP pendant cinq ans, avoir joué le rôle du fidèle de Bayrou, le voilà qui arrive avec sa gamelle pour goûter la soupe sarkozyste.

Roselyne Bachelot-Narquin : ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports

J'avais cru comprendre que seule la compétence était prise en compte...

Christine Boutin : ministre du Logement et de la Ville

La récompense pour une parlementaire chevronnée, qui a su affirmer sa différence (mais pas trop) et se mettre dans le bon sillage au bon moment. Elle remplace Bernadette Chirac dans le rôle de la dame patronesse qui rassure l'électorat conservateur. J'attends avec gourmandise sa première visite dans une banlieue chaude. Cela dit, sa réelle fibre sociale pourrait donner des effets intéressants pour l'orientation de la politique du logement, et notamment le logement social. Potentiellement une bonne surprise.

Christine Lagarde : ministre de l’Agriculture et de la Pêche

Les militaires se sont bien fait à MAM, les agriculteurs se feront aussi à une femme ministre. Son principal atout est son excellente connaissance de l'Europe. Bien utile pour sauver (ou au moins tenter de sauver) la PAC.

Christine Albanel : ministre de la Culture et de la Communication, Porte-Parole du Gouvernement

Faut-il mettre des cultureux "non politiques" à la tête du ministère de la Culture ? Au vu de l'expérience Aillagon, je serais tenté de dire non. Issue d'un milieu et destinée à y retourner, comment voulez vous qu'elle soit ferme, qu'elle dise non, bref qu'elle se rende impopulaire dans les milieux de la Culture. Même si elle connait bien le monde de la Culture, aura-t-elle le poids et le savoir-faire pour défendre son budget ? C'est souvent le gros problème des "non politiques" et comme tout dépend du nerf de la guerre...

Eric Woerth : ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique

Ernst and young. Un auditeur de gestion pour les comptes de l'Etat, de la Sécu et surtout pour la fonction publique. Cela risque de tailler dans le gras de manière assez sèche. Et en matière comptable et financière, impossible de lui raconter des salades, vu qu'il pourrait en apprendre en matière financière à de nombreux hauts-fonctionnaires de Bercy.

Roger Karoutchi : secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargé des Relations avec le Parlement

Aïe Aïe Aïe ! C'est un poste qui demande des talents immenses de patience et de diplomatie, pour arriver à de subtils compromis. Tout l'art consiste à faire passer les décisions du gouvernement sans que les parlementaires ne le sentent. Les meilleurs pour ce postes sont les vieux députés, en fonction depuis une bonne vingtaine d'années, de préférence populaires parmi leurs collègues. Le sortant, Henri Cuq, répondait parfaitement au cahier des charges. Avec Karoutchi, on va sentir la différence (et je plains d'avance ses futurs collaborateurs).

Eric Besson : secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargé de la Prospective et de l’Evaluation des politiques publiques

L'intitulé du poste est intéressant, et le fait de le confier à un homme de gauche le rend encore plus séduisant. Mettre un opposant dans le rôle d'évaluateur, c'est génial. Mais il ne fallait pas y mettre Eric Besson. Ce type s'est carbonisé lors de la présidentielle (avec panache il faut le dire), mais pour lui, la politique, c'est terminé. Ce poste, il aurait fallu y mettre un homme de gauche, respecté à droite, avec une stature et une indépendance qui le rend crédible son rôle de "censeur indépendant" genre, Michel Rocard.

Dominique Bussereau : secrétaire d’Etat auprès du ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables, chargé des Transports

Le bon gars compétent, qui n'a pas démérité et qui se retrouve sauvé on ne sait trop comment. Un miraculé.

Jean-Pierre Jouyet : secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, chargé des Affaires européennes

Connait pas. Un technicien dans un rôle technique. C'est vrai que Kouchner, avec son coté un peu bohème et "au dessus des contigences matérielles" avait besoin d'un bon sherpa sur les questions européennes. On veut bien faire de l'ouverture politique, mais les négociations européennes, c'est trop important, faut pas déconner !

Martin Hirsch : haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté

Et bien on va voir ce que cela va donner une fois du coté du manche. Et s'il se plante, on le remplace par Augustin Legrand. Cela fait du bien de mettre de temps à autre les "responsables associatifs" devant les responsabilités. Ensuite, quand ils revendiquent et manifestent, ils connaissent les contraintes et les marges de manoeuvres du gouvernement (qu'il soit de gauche ou de droite d'ailleurs).