Les initiatives fleurissent pour constituer en France un "centre" politique qui ne soit ni de Droite, ni de Gauche. C'est d'abord François Bayrou qui se lance dans une aventure, en rompant l'arrimage des démocrates chrétiens avec la Droite. C'est maintenant le chef des radicaux de gauche qui voudrait se lancer dans la même aventure. Jean-Michel Baylet a proposé une réunification des radicaux, actuellement séparés entre radicaux de gauche (alliés du PS) et radicaux valoisien (parti associé à l'UMP). Cette nouvelle formation aurait eu vocation à rejoindre ce nouveau centre indépendant en gestation qu'est le Modem. Le parti socialiste s'est empressé de mettre le holà, par la voix d'abord des députés PRG, qui comme les députés UDF, savent où se trouve la mangeoire, puis par le biais de la diabolisation (c'est un coup de Sarkozy). Baylet est finalement rentré dans le rang.

Cette initiative avait pourtant un sens, au vu de la longue histoire du parti radical. D'abord situés à l'extrême gauche (dans les années 1880), les radicaux sont alors des républicains intransigeants, qui veulent immédiatement la république pleine et entière, une et indivisible et laïque. Ils vont progressivement se faire repousser vers la droite par les socialistes pour finir dans les années 20 par se situer au centre de l'échiquier. Ils n'ont alors de radicaux que le nom, avec une formule célèbre pour définir leur positionnement politique : "le coeur à gauche, le portefeuille à droite et jamais loin de l'assiette au beurre". Cela donne une attitude très centriste, plutôt de gauche sur les questions de société (avec une forte sensibilité laïcarde et des liens plus que forts avec la franc-maçonnerie), plutôt de droite sur les questions économiques. Cela donne des oscillations permanentes et explique en partie l'instabilité gouvernementale dans les années 1930.

Cette migration des radicaux vers le Centre, bien que sympathique, n'aurait pourtant pas mené bien loin, car le mariage des radicaux et des démocrates-chrétiens m'apparait très improbable. Ce ne sont pas les mêmes cultures politiques, ni les mêmes terrains électoraux. Sur des questions religieuses ou laïque (genre le statut de l'école privée), les deux tendances sont aux antipodes. Nous n'aurions donc pas eu fusion, mais coexistence au centre du Modem et du Parti radical, alors que pour réussir le pari de Bayrou, il aurait fallu une fusion qui donne une assise électorale suffisante, et encore. Le système majoritaire oblige à des accords de désistement pour le second tour, où on est bien obligé de choisir son camp. La seule solution est la proportionnelle. Mais là, s'en est fini de la stabilité politique française.