A lire dans le magazine "enjeux les échos" de ce mois, un entretien avec James Lovelock, un environnementaliste dont je n'avais jamais entendu parler, mais en qui je me retrouve complètement.

C'est un personnage qui a consacré sa vie entière (il a 88 ans) à la défense de la planète. C'est un chercheur, certes sans doute un peu original au sein de la communauté scientifique, sans être un marginal. Il porte une vision assez optimiste de l'avenir de l'humanité, même s'il est parfaitement conscient des dégâts que nous avons réalisé. La Terre n'est pas sur la bonne pente avec le réchauffement climatique (dont nous sommes largement responsables selon lui), mais pour autant, ce n'est pas l'acopalypse pour demain. On peut réagir, l'humanité a une capacité d'adaptation phénoménale. Bref, l'affaire grave mais pas désespérée.

Le contraire de ce qu'affirment certains écologistes, que Lovelock ne porte pas dans son cœur. Là encore, je partage pleinement son analyse. Avec les écolos politiques (et les Verts français sont en plein dedans), on est plus dans la croyance religieuse (et donc dans le dogme) que dans l'analyse scientifique. Il démonte leur position sur les énergies renouvelables, ce qui est assez facile. Vu notre consommation d'énergie, qui n'est pas prête de diminuer, l'éolien est une illusion. Il calcule que pour satisfaire les besoins du Royaume-uni, il faudrait une éolienne au kilomètre carré et encore, à condition qu'il y ait du vent tous les jours. Le nucléaire lui apparait être la seule solution viable. Certes, cela génère des déchets hautement toxiques, mais ce n'est rien en comparaison des autres sources d'énergie, qui non seulement consomment des produits fossiles, mais en plus, émettent des gaz à effet de serre. Il finit par une comparaison entre le fonctionnement des écologistes les plus "hard" (genre greenpeace et autres écolos de combat) avec les staliniens, et propose de relire la ferme des animaux d'Orwell en pensant aux écologistes extrêmes.

La véritable solution réside dans la "deep ecology", l'écologie profonde où nous faisons le choix de vivre plus simplement et plus frugalement. Pour Lovelock, c'est un impératif qui s'imposera aux pays occidentaux dans les 20 ans qui viennent, car la planète ne pourra pas supporter 6 milliards d'habitants vivant à l'occidentale. Le niveau de vie des chinois et des indiens augmente rapidement, leur demande en matières premières et en énergie est considérable, d'où une hausse des cours qui n'est pas prête de s'arrêter. Par le force des coûts, nous devrons renoncer à certaines choses, car cela deviendra tout simplement hors de prix.

C'est une démarche de fond, qui engage l'ensemble du mode de vie. Faire de la "deep ecology", ce n'est pas manger bio, consommer équitable et n'acheter que les produits marqués d'un "bobo-label". C'est accepter de modifier ses habitudes ou même de renoncer à certaines activités car trop lourdement consommatrices d'énergie ou de ressources. Cela peut être très simple à mettre en oeuvre, comme choisir d'aller à Londres en train plutôt qu'en avion, ne plus aller à l'éléphant bleu nettoyer sa voiture au karcher (mais le faire chez soi à l'éponge et à l'huile de coude), c'est renoncer à avoir une pelouse verte au mois d'août.

Cela est à la portée de tous, et ne crée pas tellement de contrainte. Mais on peut encore aller plus loin, en renonçant aux voyages lointains. Quel est le coût environnemental d'une semaine de farniente aux Maldives ou à l'île Maurice ? Est-ce encore raisonnable et responsable ? je n'en suis pas sûr du tout ! Dans le même ordre d'idée, on peut lutter contre les gaspillages auxquels nous pousse et parfois nous contraint le système de consommation à l'occidentale. Je suis effaré du nombre d'emballages que je dois jeter. Est-on plus heureux parce que l'on change de voiture tous les deux ans ? Combien de produits sont conçus pour s'user au bout d'un certain temps alors qu'on sait les fabriquer pour qu'ils durent une éternité. J'ai le même rasoir électrique depuis 13 ans. Il fonctionne toujours aussi bien, me rend le service que je lui demande, sans que je n'en change aucune pièce, aucune lame. Pourquoi irais-je acheter du rasoir jetable, même s'il est à 10 lames ultra-rasantes, avec de la mousse qu'il faut sans cesse renouveller. Et on pourrait multiplier les exemples.

Rechercher la simplicité, la moindre consommation, c'est ma manière de défendre la planète et son avenir, sur le plan écologique, mais aussi politique. Les ressources sont limitées, il faut en laisser aux autres, sous peine de voir les tensions internationales s'exacerber, avec tous les risques de conflits et de violences qui les accompagnent.