Nicolas Sarkozy a quitté la présidence de l'UMP. Il justifie sa décision par le fait qu'en tant que président de la République, il se doit à tous les français, il est leur représentant quelles qu'aient été leurs votes. Il ne peut donc pas cumuler ce rôle symbolique et national avec la direction d'une structure partisane. Il se trouve devant le hiatus habituel des dirigeants, le dilemme où on est obligé d'abandonner une fonction qui peut servir de tremplin à un éventuel rival. Sarkozy est bien placé pour le savoir, de même que Jacques Chirac, et avant eux François Mitterrand. Le contrôle d'un grand parti est une condition indispensable pour conquérir le pouvoir suprême.

Il va arriver à l'UMP ce qu'il est arrivé au RPR en 1995. Il va se vider de sa substance, les meilleurs éléments vont partir à l'Elysée, à Matignon, dans les cabinets ministériels. Ne resteront que les bras cassés et les troisièmes couteaux, chargés de maintenir la machine en état de marche pendant la période d'hibernation. L'UMP a joué son rôle de machine de guerre. Le travail a été accompli de manière remarquable, tant sur le fond (les conventions thématiques, les notes et études) que sur la forme (les capacités d'organisation sont reconnues par tous). Et d'un seul coup, tout risque de s'arrêter. Le choix de Sarkozy, bien que non annoncé officiellement, est de mettre en place une direction collégiale, une sorte de conseil où il pourra caser avec un titre ronflant les recalés du gouvernement. Mais surtout, il faut fermer la porte à l'émergence d'un leader, quite pour cela à désorganiser la structure si nécessaire. Il sera bien temps en 2011 de mettre du baume et de réparer. C'est ce qu'à fait Jacques Chirac avec le RPR entre 1995 et 2000.

Ce choix me désole, car il montre que la culture politique de la Droite reste celle d'un cartel de notables, et que les militants sont surtout là pour faire la claque dans les meetings et coller les affiches. L'élection passée, ces bons soldats sont démobilisés et renvoyés dans leurs foyers, jusqu'à la prochaine échéance. Garder un parti qui continue à réfléchir, à proposer, qui soit un véritable espace de discussion et d'échanges, cela ne semble pas à l'ordre du jour. Un espoir tout de même, Jean-Pierre Raffarin, qui est candidat à la reprise. Si un personnage de son envergure souhaite y aller, ce n'est certainement pas pour inaugurer les chrysanthèmes. On peut espérer qu'il maintienne une vie au sein de l'UMP, que l'on puisse continuer à y débattre, à y travailler, au service des valeurs et des idées de Droite.

Le rêve serait qu'enfin, la droite française passe à un système où le poids du parti est réellement dominant, qui bien entendu, donne un coup de collier lors des campagnes, mais qui entre temps, continue à jouer un rôle de relais (pas seulement descendant), de proposition, de modération ou au contraire d'encouragement des politiques menées. En clair, un parti qui soit un contre-pouvoir. Je rêve peut-être...