François Bayrou a parlé, pour ne surtout pas éclaircir sa position et se garder toutes les ouvertures. Il dit non à Sarkozy, mais cela ne lui coûte pas, car il n'a strictement rien à attendre de l'UMP en terme de ralliements. Les centristes qui y sont allés en 2002 ne sont pas prêts d'en partir après le score historique de Nicolas Sarkozy. Il dit peut-être (mais pas oui) à Ségolène Royal car c'est de là que peuvent venir les troupes qui donneront une assise un peu plus vaste que l'UDF à son nouveau "parti démocrate".

Cette position n'est qu'un dernier écran de fumée avant la chute, car François Bayrou est dans une impasse. L'UDF est un parti fondamentalement de droite, du moins pour les cadres et les élus. Combien sont prêts à suivre Bayrou dans un gauchissement du parti et un flirt trop poussé avec le PS ? Bien peu sans doute, car les députés UDF savent parfaitement qu'ils sont élus avec des voix de droite, et qu'en 2002, ils ne doivent leur élection (pour beaucoup) qu'à l'absence de candidat UMP face à eux. L'aventure que leur propose Bayrou est bien trop incertaine, surtout quand elle n'est appuyée par aucun ralliement significatif en provenance du PS. Étant pris entre le marteau et l'enclume, l'UDF risque tout simplement d'être broyée et ses élus battus. Et ça, ils n'en ont absolument pas envie. Les ralliements de députés UDF en direction de Sarkozy ont déjà commencés et vont aller en s'amplifiant, ne laissant autour de Bayrou que sa petite garde rapprochée, tout au plus cinq à dix députés.

La mission est réellement impossible, car elle doit se réaliser avant le premier tour des législatives. En effet, le financement du nouveau "parti démocrate" pendant les cinq années qui viennent est lié au nombre de voix obtenues au premier tour des législatives, ainsi qu'au nombre de députés élus. Si ce "Parti démocrate" n'arrive pas à obtenir suffisamment de députés pour former un groupe parlementaire, il perdra un levier et surtout, personne à gauche ne serait alors assez fou pour le rejoindre. Il faut donc que d'ici trois semaines grand maximum, Plusieurs poids lourds de la Gauche le rejoignent avec armes et bagages. Je ne vois pas trop qui !

La troisième voie a toujours été un mirage en France et continuera à l'être tant que l'on conservera le mode de scrutin uninominal à deux tours, qui oblige à la formation de deux blocs pour le deuxième tour, sous peine de défaite assurée. Les prochaines semaines vont sans doute voir la fin d'un beau rêve politique.