Ce premier tour de l'élection présidentielle a été un véritable laminoir pour les petits candidats. On s'y attendait, avec le syndrome du 21 avril et l'injonction du vote utile. Mais à ce point là ! On en vient à se poser la question de l'utilité des candidatures autonomes. Si c'est pour faire 1,5%, ce n'est peut-être pas la peine de s'engager dans le combat, parce qu'à ce niveau là, on ne négocie pas, on se rallie et on va gentillement demander quelques miettes. Quand le parti communiste était à 20, voire même à 15%, les socialistes avaient absolument besoin de lui pour gagner. Georges Marchais avait une marge que n'a pas Marie-George Buffet du haut de ses 1,9%. Même chose pour Dominique Voynet.

J'ai l'impression que l'on entre dans une phase où l'effet "21 avril" sera durable, la ficelle est peut-être grosse, mais elle est efficace et c'est surtout cela que veulent les grands partis. La bonne stratégie pour les courants de pensée un peu structurés ne serait-elle pas d'intégrer les grands partis de leur famille politique, de se structurer idéologiquement en interne, pour peser sur le programme et la désignation du candidat en amont. Le score de Ségolène Royal montre bien que même sans enthousiasmer, on obtient les suffrages. Désormais, les électeurs privilégient la couleur politique, la casaque plutôt que la monture qui la porte.

Imaginons deux grands partis, un de droite l'UMP, l'autre de gauche le PS, voire un troisième au centre l'UDF. C'est à l'intérieur de ces familles que s'opère la sélection des candidats, et surtout la sélection des idées, des doctrines, des programmes. Si on veut changer les choses, c'est là qu'il faut agir. Une telle transformation du paysage politique français aurait plusieurs avantages.

Premièrement, l'électeur n'aurait pas de déchirement au moment du vote, sa "famille politique" est clairement identifiable, avec un candidat qui a subi un processus de sélection autrement plus crédible que celui actuellement en vigueur. Là, cela vaut le coup de s'inscrire dans un parti et de militer, parce qu'on pèse réellement. On pourrait rajouter sans difficulté un zéro derrière les chiffres de militants, et de plusieurs centaines de milliers passer à plusieurs millions d'adhérents. Cela ne ferait pas les affaires de quelques cheffaillons, qui aiment les titres ronflants, qui prônent l'union, mais uniquement autour de leur candidature, mais qu'importe. Cela ne représenterait pas une grosse perte pour la vie démocratique. Les militants d'extrême-gauche qui sont sincèrement attachés à leurs idées et veulent les faire progresser, ont du être désespérés par le spectacle de la désunion autour de ce qui devait être une "candidature unitaire". Au final, ils ne pèsent rien, car l'addition des scores minuscules ne fait pas une force politique susceptible de peser.

Cela obligerait certains courants "idéologiquement radicaux" à se confronter aux réalités, aux débats avec l'obligation de conclure et d'arriver à un résultat. Actuellement en France, que ce soit la gauche dite "antilibérale" ou encore mieux chez les Verts, c'est le principe de la démocratie bordélique qui prévaut. Ah, c'est sûr que c'est démocratique, mais au final, on n'arrive à rien car il n'y a pas de synthèse, et comme il n'en ont pas besoin, ils ne font aucun effort. Ce serait un progrès pour notre démocratie que de faire disparaître ses poches d'irresponsabilité. Quand on se présente aux élections, c'est pour participer à la gestion, et donc devoir assumer le rôle du politique qui est de trancher en prenant les choses comme elles sont et non pas comme on voudrait qu'elles soient.

Ce 22 avril, couplé avec un 21 avril précédent, pourrait amener à terme à une recomposition du paysage politique français, à l'image de ce qui existe dans la plupart des autres pays européens, notamment les pays scandinaves que l'on nous présentent régulièrement comme des modèles de démocratie. Deux ou trois grands partis, qui alternent au pouvoir, en encadrant et structurant le débat public.