L'heure du choix présidentiel approche. Certains ont promis d'annoncer pour qui ils voteront, je n'ai rien promis, mais j'ouvre le bal. Ce sera Nicolas Sarkozy. La surprise ne doit pas être immense parmi vous, chers lecteurs. Quelques explications vous permettrons de comprendre les raisons de ce choix.

Je suis lucide sur le personnage, ses défauts et ses faiblesses. Je connais ses penchants autoritaires, sa volonté de dominer et de briser ceux qui se mettent en travers de son chemin. Beaucoup sont comme cela, Sarkozy est un peu différent en ce qu'il ne prend pas la peine de voiler cette brutalité de la politique et de la conquête du pouvoir. Peut-être devrait il davantage y mettre les formes, cela choquerait moins les bonnes âmes, comme savait si bien le faire François Mitterrand, et même Jacques Chirac, experts en meurtres politiques. Peut on arriver à la fonction suprême les mains propres ?

Je suis également lucide sur son opportunisme. Il veut accéder au pouvoir, c'est clair. Pour en faire quoi, c'est moins clair. Sarkozy est de cette race d'homme politique qui se lance dans la course au pouvoir pour satisfaire son ego, sa volonté de puissance, plus que pour servir un idéal ou tout simplement par dévouement de la chose publique. Certes, ce n'est pas romantique, c'est moins glamour que De Gaulle, l'homme providentiel qui revient sauver la Nation, sans ambitions personnelles. Mais je préfère encore ce type de politiques aux idéologues, qui veulent arriver au pouvoir pour "changer la vie", la leur mais surtout celle des autres. Cela n'a jamais été ma manière de concevoir la politique que de faire le bonheur d'autrui, même contre son gré, même s'il ignore qu'il est malheureux et qu'il ne demande rien.

Je vote Sarkozy, car je sais qu'un pays n'est pas dirigé par un homme seul, mais par des équipes. L'ultra-personnalisation de la campagne présidentielle a tendance à nous faire oublier cela. L'arbre ne doit pas cacher la forêt. Et quand je regarde les équipes, c'est avec Sarkozy que je suis le plus rassuré. Il a du monde derrière lui, et pas des ralliés opportunistes comme peut en avoir Bayrou. Il a des équipes compétentes, soudées derrière lui, à la différence de la cacophonie qui règne chez Ségolène Royal, incapable d'arrêter de jouer perso pour se muer en chef d'orchestre. Je n'ai pas de doutes sur les compétences qu'elle pourra trouver au PS, j'en ai davantage sur l'attachement que ces compétences peuvent avoir pour leur patronne, ainsi que sur la cohérence et la solidité de ces équipes (les haines de courants sont un moteur puissant au PS).

Je vote Sarkozy parce que je suis de Droite, culturellement, par mon éducation, ma manière de penser. Nicolas Sarkozy est le candidat qui se rapproche le plus de mon positionnement personnel, de ce que je souhaite pour la France. Il n'est pas parfait, mais la présidentielle, c'est un menu, pas un choix à la carte. Je suis suffisamment en accord avec nombre de ses positions pour que ce vote ne soit pas pour moi un crève-coeur, comme nombre de mes amis socialistes, qui sont de Gauche et se retrouvent contraints de voter pour une candidate qui ne suscite pas leur enthousiasme (et c'est un euphémisme).

Contrairement à beaucoup, je ne suis pas inquiet des conséquences d'une victoire de Nicolas Sarkozy, qui ne représente pas un danger pour la démocratie. Notre système est organisé de telle manière qu'un président qui souhaite aller contre l'avis majoritaire finit toujours par rencontrer un obstacle qui le bloque. Les contre-pouvoirs existent et fonctionnent. Juste un exemple, la présence de Jean-Louis Debré comme président du Conseil Constitutionnel est une garantie. Pas de risque de connivences et de passe-droits vu l'inimitié des deux personnages. Quoiqu'en dise Sarkozy, la magistrature est indépendante en France, et ses propos sur les juges (notamment celui de Bobigny) n'ont eu strictement aucun effet concret. Je suis convaincu que les contre-pouvoirs fonctionnent mieux aujourd'hui que dans la France des années 60, où le poids de l'Etat était autrement plus fort et les compétences plus larges. La construction européenne, les privatisations, les autorités administratives indépendantes, la dérégulation sont passées par là. Et, contre-pouvoir suprême, Sarkozy souhaitant conserver le pouvoir, il n'ira jamais contre la volonté du peuple ou contre les institutions. On peut voter pour lui cette fois-ci, mais ne pas lui accorder notre voix au coup suivant. Rien n'est jamais acquis, Giscard est bien placé pour le savoir.

Ce choix de Nicolas Sarkozy est celui de la raison, pas du cœur, comme à chaque scrutin présidentiel. Depuis que je vote (1992), je n'ai pas trouvé de candidat qui suscite chez moi enthousiasme et pleine adhésion. Le seul qui aurait pu était le général de Gaulle, mais il est mort et des personnages comme lui, on en a un ou deux par siècle, quand on a de la chance.