Visiblement, la leçon de 2002 n'a pas porté. Lionel Jospin a perdu gros en attaquant directement et personnellement Jacques Chirac. Et encore, il l'avait fait dans ce qu'il croyait être du off. Cette année, c'est lors du point presse que Ségolène Royal balance que Sarkozy est un menteur. Ce dernier, pas très finaud, ne peut pas s'empêcher de répliquer, alors que dans ces cas-là, il ne faut surtout pas réagir personnellement et faire donner la garde rapprochée, pour organiser un battage médiatique autour de ce genre de propos minables, dignes d'une cour de récréation. Franchement, si Ségolène Royal n'a que cela à dire, pas la peine qu'elle tienne elle-même ses points presse quotidiens, parce que dans trois jours, elle risque d'avoir régressé jusqu'à caca-prout-prout.

L'épisode est intéressant sur d'autres points. On voit d'abord un peu plus encore (si cela était possible), le coté institutrice de Ségolène Royal, qui semble prendre les électeurs pour des enfants immatures. C'est quelque part insultant, mais ce n'est pas une surprise, elle traitait déjà comme cela ses collaborateurs. Son coté "jeu perso" ressort également de plus en plus. Désormais, quand elle sera à Paris, c'est elle qui fera les point presse, elle qui sera en première ligne. Fini la collégialité, le travail en équipe, place au "moi, moi, moi". Elle se dit libre, elle m'apparait surtout de plus en plus seule. Elle fait semblant d'appeler les éléphants, le temps d'une photo et d'un meeting puis les renvoie chez eux. Elle gère tout avec sa garde rapprochée. J'ai beaucoup aimé la phrase "Je recadrerai la cohérence de l'action". Cela voudrait dire que jusque là, cette action n'était pas bien cadrée et avait besoin d'être reprise en mains. Ségolène Royal me semble être dans la situation d'avoir grillé toutes ses cartes, de ne plus avoir de Joker et d'être obligée de tout faire elle-même. C'est peut être comme cela qu'elle est heureuse, mais ce n'est pas comme cela que l'on doit gérer un pays.

Cette position de première ligne est très dangereuse pour une Ségolène Royal qui a souvent fait preuve d'approximation dans ses formules. Désormais, c'est le risque permanent de la bourde en direct, et elle travaille sans filet. Rebsamen et Bianco ne doivent plus en dormir. Or, il reste 19 jours à tenir avant le premier tour, dans la phase la plus difficile de la campagne. Les candidats et les équipes sont fatigués, physiquement et nerveusement, les programmes sont publiés, les ralliements surprises effectués, bref, il ne reste plus grand chose pour alimenter une machine médiatique lancée à fond, qui demande toujours et encore de la nouveauté, du sang et de la sueur. Je serais à peine surpris d'un pétage de plomb de la candidate du PS dans la dernière ligne droite. Une campagne, c'est une épreuve physique, un vrai test où on est mis à nu, où l'on est obligé de montrer sa véritable personnalité et ses limites.