Comme Laurent, j'ai entendu hier midi, François Bayrou lancer son idée de débat sur Internet entre les quatre candidats à plus de 10%. Je ne l'ai pas relevée sur le moment, car j'y ai surtout vu une proposition gadget, un truc pour se dire "dans le vent", ouvert à l'internet et aux blogueurs. A la réflexion, je suis très réservé et je me pose pas mal de questions.

Techniquement, cela serait sans doute possible, même s'il faut du bon matériel et une bonne bande passante. Ce débat, ce ne sera pas une vidéo de trois minutes sur youtube. A mon avis (mais je peux me tromper) cela sera difficile à faire en direct. Cela se fera forcement sous forme de Podcast à télécharger. Qui dit Podcast dit forcement montage (au moins un minimum) et donc possibilité de couper et surtout, demande des candidats pour visionner avant. Je souhaite à celui qui prendra cette initiative d'avoir des nerfs à toute épreuve.

Juridiquement, je pense qu'il ne faut pas prendre les membres du CSA pour des imbéciles. Actuellement, ils ne décomptent pas le temps de parole sur internet parce que le jeu n'en vaut pas la chandelle. C'est un tel foutoir, la blogosphère, que même les blogueurs émérites ont parfois du mal à faire la part de l'expression réelle du candidat et celle de ses soutiens, avec force critiques, pastiches, attaques. Surveiller la blogosphère et internet, c'est inutile, surtout quand on que l'impact sur les citoyens est infime par rapport à un passage au 20 heures de TF1. Cela ne veut pas dire que l'internet soit une zone de non-droit et je suis certain qu'un tel débat, s'il attire suffisamment de monde, sera décompté par le CSA, car il s'agira d'une prise de parole directe des candidats, ayant touché un nombre suffisant de personnes pour que cela soit significatif. Les interviews du Politic show (dont celle de Bayrou) sont certes des prises de parole directes et longues, mais leur impact est jugé tellement faible que cela passe sous les radars du CSA.

Dernière interrogation, et non des moindres, si cela se fait sur internet, qui sera aux commandes, des blogueurs ou des journalistes professionnels. Cette question n'est pas anodine. Si ce sont des blogueurs qui mènent le bal, les candidats risquent d'être surpris et en général, ils détestent cela. Bayrou, en lançant cette idée, ne se rend pas compte qu'un blogueur, ce n'est pas un journaliste politique. les candidats ne trouveront pas la connivence, voire la servilité qu'ils peuvent rencontrer sur les plateaux de télévision. Les questions ne seront peut être pas les mêmes, l'organisation du débat pourra être différente, la préparation peut-être inexistante entre les équipes des candidats et les organisateurs du débats. Les blogueurs auront intérêt à être solides, parce que des "bêtes politiques" comme Sarkozy ou Le Pen, on ne les manient pas comme cela. Le risque serait pour le pauvre blogueur de se faire "bouffer" et que le débat parte en eau de boudin. Quand on voit comment des professionnels de haut vol ont parfois du mal à maîtriser des politiques déchainés, pensez à ce qui se passera avec des amateurs !

En proposant cette idée, François Bayrou montre que pour lui, Internet et les blogs sont un canal de diffusion alternatif aux médias classiques, sans se rendre compte qu'il existe une spécificité. Internet est un média différent, qui fait mieux certaines choses, mais moins bien d'autres. Je pense que l'organisation d'un débat "conventionnel", avec tous les enjeux et les tensions est un trop gros morceau pour une blogosphère encore balbutiante.