Je suis allé, par curiosité, assister à la conférence de presse de présentation du programme officiel de François Bayrou. Il s'agit d'un petit document, sur papier journal, où il résume toutes les propositions qu'il a pu faire.

La séance commence par un long speech du candidat, où prend la posture qu'on lui connait. La France serait dans une crise profonde que lui seul serait en mesure de résoudre. C'est le mythe de l'homme providentiel, avec comme référence De Gaulle et Mendès-France. On sent clairement que Bayrou se veut "au dessus des partis". Il déroule ensuite les différentes mesures, dans un long et ennuyeux catalogue. On y trouve de tout, des diagnostics intéressants et pertinents, des réponses aux propositions des autres candidats, des clins d’œil plus ou moins appuyés aux différents groupes de pression et aux revendications catégorielles. J'avais devant moi un candidat hyperclassique, tels que j'en ai vu en 1995 et en 2002, dans la même démarche de positionnement sur un créneau électoral, répondant à une clientèle précise par des propositions ciblées. Que fera-t-il de tout cela ? Je n'en sais rien, car une fois de plus, je suis incapable de discerner ce qui relève de la conviction personnelle du candidat, ce qu'il fera effectivement, et ce qui tient du racolage électoral. En 1995, Chirac était terriblement crédible avec sa fracture sociale...

La Presse a ensuite posé ses questions, qui m'ont donné l'impression d'être complètement à coté de la plaque. Les journalistes sont réellement le nez dans le guidon, demandant à Bayrou de commenter ce que dit untel, de se situer par rapport à telle proposition ou tel slogan (la 6ème république, la TVA sociale). Je me demande s'ils se rendent compte que le contenu réellement informatif de cette conférence de presse est nul ou quasi nul. Les candidats, à 20 jours du scrutin, passent leur temps à déployer des écrans de fumée, à vendre leur marchandise hypermarketée et les journalistes la reprennent gentillement, sans analyse réelle, sans faire le tri de l'essentiel et de l'accessoire.

Personnellement, dans cette conférence de presse, il y a avait énormément d'accessoire, de futile. Rien qui ne permette de savoir véritablement qui est Bayrou, ce qu'il compte faire réellement une fois élu. Et je suis certain que lui non plus ne le sait pas, parce que la réalisation de promesses présidentielles ne dépend pas que de la volonté d'un homme. C'est tout une pyramide qu'il faut convaincre, les parlementaires, mais aussi ceux qui auront à mettre en œuvre la réforme et surtout, ceux qui la vivront. Combien de beaux projets, de grandes promesses sont tombés à l'eau parce qu'il n'y avait pas les relais pour les mettre en musique, l'appliquer sur le terrain, parce que les publics concernés ne voulaient pas cette réforme. Parfois, on espère sincèrement pouvoir mettre en oeuvre les promesses, parfois on sait pertinemment qu'elle n'a aucune chance, mais on la lance quand même, parce que cela fait plaisir à tel ou tel groupe. Je ne suis pas compétent sur tous les domaines, loin s'en faut, c'est pourquoi j'attends des journalistes qu'ils m'éclairent sur la faisabilité réelle des promesses, sur leur probabilité de mise en oeuvre dans les cinq ans. Plutôt que de demander à Bayrou s'il pense que Sarkozy est un excité, ou si "le moment Bayrou" est passé, on devrait interroger le candidat sur les modalités concrètes de ses propositions, sur les relais dont il dispose. Mais non, rien que de l'écume de la part du candidat et la recherche de la petite phrase ou de "l'image" de l'autre.

Je suis encore plus assuré dans mon idée que le travail de fond n'est compatible avec les périodes électorales, et qu'il ne faut surtout pas se fier aux promesses des candidats pour faire son choix.