Les ralliements à François Bayrou continuent, cette fois, c'est François Goulard, ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, maire de Vannes, qui a rejoint l'auberge. En voilà encore un qui rallie Bayrou plus par haine de Sarkozy que par adhésion au projet de l'UDF.

François Goulard est un pur produit du système politico-administratif français. Enarque, il est allé s'implanter en province (en Bretagne) pour pouvoir mener sa carrière parisienne. Il est élu député DL du Morbihan en 1997, succédant à Raymond Marcellin, sur le fauteuil depuis 1946 et atteint par la limite d'âge (82 ans). Goulard se présente alors en dauphin du vieux baron et emporte sans coup férir ce siège relativement sûr pour la Droite. En 1998, il se fait élire conseiller général du canton de Vannes-centre (et avant que ce canton ne bascule à gauche, il coulera de l'eau sous les ponts). Dès 2001, il abandonne ce mandat pour prendre la mairie de Vannes, succédant à Pierre Pavec, un authentique UDF, que François Goulard avait battu au premier tour de la législative en 1997 (25% contre 20%). En 2002, François Goulard se présente sous l'étiquette UMP. Facilement réélu (au deuxième tour quand même), il rate le protefeuille ministériel. Il devra attendre 2004.

François Goulard est un membre de longue date de la famille libérale. D'abord aux Républicains Indépendants de Giscard, il passe au Parti Républicain, puis à Démocratie Libérale. A aucun moment, il n'a exprimé la moindre proximité idéologique avec les démocrates chrétiens, les centristes et "l'UDF canal historique" de Bayrou. Son ralliement aujourd'hui est uniquement tactique et viscéral. François Goulard est un chiraquien pur sucre, avec une détestation de Nicolas Sarkozy, à qui il a joué de sales tours, notamment en le critiquant vertement dans les médias (alors qu'ils faisaient partie du même gouvernement). Il se sait donc grillé, archi-grillé même. Il sait que si Sarkozy est élu président, il est pour 5 ans (au moins) député-maire de Vannes, sans aucun espoir d'une quelconque faveur.

Alors perdu pour perdu, autant aller se jeter dans les bras de François Bayrou. S'il est élu président, c'est le jackpot, avec sans doute un bon gros ministère. Si Bayrou n'est pas élu (ce qui est probable), Goulard peut espérer ne pas avoir d'adversaire UDF en face de lui, ce qui compensera la présence d'un candidat divers droite (voire même un investi UMP), envoyé par les sarkozistes. Il faut donc prendre ce ralliement pour ce qu'il est, une aventure personnelle d'un baron de province qui cherche à sauver sa carrière et sa position politique.