Nouvel épisode de la campagne présidentielle, la polémique autour de la valeur "nationale". Il y a quelques jours, Nicolas Sarkozy lance son idée du ministère de "l'immigration et de l'identité nationale". Tollé des autres candidats, de la Gauche en général, gêne chez certains à Droite. On assiste là à une réaction "normale" des élites françaises, où cette "appellation" est jugée malséante car trop proche dans son esprit d'un sujet-phare de l'extrême droite. Le choix des termes est en effet lourd de sens (et sans doute très soigneusement pesé), le thème de l'identité nationale ayant été trop longtemps laissé au FN, qui y a mis des contenus et des sens qui ne sont pas acceptables pour les partis démocratiques;

En lançant ce message, parfaitement voulu et calculé, Nicolas Sarkozy savait qu'il allait provoquer un tollé dans les milieux "bien pensants". Mais il a fait un pari sur la réception de ce message dans les couches populaires. Et il a gagné ce pari, car les sondages ont révélé qu'une majorité de la population n'a pas été choquée par ce ministère "de l'immigration et de l'identité nationale" ni par ce que Nicolas Sarkozy mettait en dessous. L'identité d'une nation, c'est un certain nombre de règles, d'interdits, qui forment le socle de notre culture, de notre identité, et qui ne sont pas négociables. Nicolas Sarkozy rejette ici fermement l'idée qu'il faut accepter sans restriction que les cultures non occidentales aient le droit de cité en France, que leurs pratiques soient reconnues légitimes, même si elles heurtent de plein fouet les fondements de notre civilisation. Je suis heureux de cette prise de position. Parler d'identité nationale, c'est aussi parler de la fierté d'être porteur de ces valeurs, de cette identité. Il y a des gay pride, pourquoi n'y aurait-il pas des "franco pride". Trop souvent ces dernières années, on a senti que se dire Français était honteux. Trop souvent on a laissé des éléments hostiles à notre culture et à nos valeurs exprimer leur haine et leur mépris de ce que nous sommes, sans réagir. Je pense en particulier à cette Marseillaise, sifflée dans un stade. Pour bien se faire comprendre, Nicolas Sarkozy a pris comme exemple de valeurs qui ne font pas partie de notre identité des pratiques d'autres aires de civilisation, comme l'excision, la place inférieure des femmes, car ce sont des points concrets, que l'on rencontre malheureusement en France de la part de certaines populations d'origine africaine ou musulmane (sans que l'ensemble de ces communautés soient concernées). Je ne pense pas qu'il ait voulu stigmatiser ces populations, dont l'immense majorité des membres sont des personnes respectables et sincèrement désireuses de s'intégrer.

Cette initative de Nicolas Sarkozy est importante sur plusieurs plans. Il remet sur le devant de la scène politique le thème de la cohérence de la Nation, de son unité autour de valeurs fondamentales non négociables. On peut accepter des différences, l'existence de communautés, à la condition qu'elles souscrivent ce pacte minimum, ce socle de valeurs qui sont l'identité de la France. Nicolas Sarkozy est souvent accusé de favoriser le communautarisme, de vouloir balkaniser la France, mais si sa politique consiste à autoriser et à reconnaître officiellement les différences, à l'intérieur d'un cadre explicite, cela me convient tout à fait. Par cette formulation un peu provocatrice, il va aussi empiéter sur des domaines trop longtemps laissés à l'extrême-droite, et c'est sans doute comme cela que l'on combat le plus efficacement le FN. C'est certainement mieux que les incantations et les procès en série de "l'antiracisme" officiel (SOS racisme et consorts), qui nourrit l'extrémisme plus qu'il ne le combat.

Après un premier moment de rejet et d'attaques, les deux autres candidats majeurs, Ségolène Royal et François Bayrou se sont aperçus que la thématique était très porteuse, et qu'il ne fallait surtout pas laisser ce terrain dans la besace de Sarkozy. D'où ces sorties assez pitoyables de Ségolène Royal sur le drapeau tricolore, sur la Marseillaise. On sent derrière la voix de Chevènement, qui nous avait déjà sorti l'obligation d'apprendre la Marseillaise dans les écoles, dans les années 80, lorsqu'il était ministre de l'Education Nationale. Bayrou a été plus malin, en se positionnant aussi dans ce débat, mais sans se lancer dans la surenchère comme sa concurrente socialiste.

Finalement, c'est Sarkozy qui s'en sort gagnant, marquant des points comme un boxeur qui a réussi un bon coup. Il a imposé le thème de l'identité nationale dans le débat présidentiel, thème sur lequel la Droite est mieux positionnée et plus à l'aise. Nicolas Sarkozy a aussi mordu sur les terres du FN, sans perdre trop de voix, car ceux qui ont hurlé n'auraient, de toute manière, jamais voté pour lui.