Le feuilleton de la recherche des 500 signatures tourne franchement au ridicule, avec l'affaire Nicolas Miguet. Cet individu louche (interdit de gestion de société) aux forts relents poujadistes est en garde à vue pour détournement de parrainages. Il a monté une véritable escroquerie pour obtenir les précieuses signatures, expédiant des faux formulaires aux maires qui ont cru de bonne foi qu'il s'agissait des papiers officiels. Après les jérémiades de Le Pen, ses disputes avec De Villiers, accusé de lui voler ses parrains, les galères des candidats d'extrême-gauche, ce dernier épisode grand-guignolesque creuse un peu plus la tombe de ce système de sélection des candidats à la présidentielle.

Il apparait nécessaire de maintenir une barrière aux candidatures fantaisistes à la présidentielle, histoire de ne pas asphyxier le système. Par contre, le filtre ne doit pas empêcher les candidatures de personnalités ayant un réel impact et représentant un courant significatif. Une élection avec un illustre inconnu mais sans Jean-Marie Le Pen serait une grave anomalie. Le parrainage par les élus, dans sa forme actuelle, a clairement montré ses limites, au point que de moins en moins souhaitent donner leur signature. Une réforme s'impose.

Plutôt qu'un critère unique, il serait bon de combiner plusieurs éléments pour dispenser les partis ayant une réelle représentativité de courir après les parrainages. On pourrait considérer que toutes les signatures d'élus ne se valent pas. Être soutenu par un parlementaire, européen ou national, cela pèse plus qu'un soutien de conseiller général ou régional, et encore plus qu'un maire rural d'une commune de 150 habitants. Pourquoi ne pas accorder des coefficients aux différents mandats, pour prendre en compte ces différences. Le Front National, les villiéristes, les Verts, les trotskistes, qui ont des parlementaires nationaux ou européens, des conseillers généraux et régionaux devraient pouvoir être quasiment qualifiés d'office avec ces quelques "élus poids lourds". A coté de ce parrainage par les élus, on pourrait admettre un parrainage "citoyen", le candidat devant recueillir un nombre assez élevé de signatures de citoyens (avec copie de la carte d'électeur et publication intégrale des noms). On en finirait aussi avec cette hypocrisie qui consiste à dire que "parrainage ne vaut pas soutien". Dans l'esprit du citoyen ordinaire, c'est incompréhensible. Parrainer deviendrait un acte pleinement politique, et ceux qui donneront leur signature le feront en pleine connaissance de cause, sans ambiguïté possible.