La tendance de tous les systèmes est d'assurer leur stabilité, de verrouiller l'accès au pouvoir pour le réserver à une élite restreinte, dont l'accès est contrôlé par la caste en place.

Thierry Crouzet vient de se prendre cette réalité en pleine figure. Oui, nos hommes politiques, ceux qui sont aux manettes dans les partis dits "de gouvernement" cherchent par tous les moyens à verrouiller le système, à en réserver l'accès aux seuls partis politiques déjà installés. Les discussions autour du système des parrainages, dont le but est d'exclure les candidatures "fantaisistes" en sont une illustration. Les grands partis, ceux qui ont les parrains, donnent les instructions pour accepter untel, refuser tel autre, selon des critères de pure convenance, de pure tactique. Il y a 37 000 parrains potentiels, mais on a fait en sorte d'en paralyser l'essentiel, pour restreindre l'accès à la candidature présidentielle.

Le même système a été mis en place à l'occasion des lois sur le financement des partis politiques. Sous couvert de moralisation des sources de financement, on a tout simplement empêché tout candidat non soutenu par un parti important de faire une vraie campagne, avec une chance de l'emporter. En effet, une campagne présidentielle, c'est entre 12 et 18 millions d'euros, avec comme seules sources de financement les dons des particuliers (plafonnés), l'apport personnel du candidat et l'aide financière d'un parti politique. A moins d'être millionnaire, pour avoir une chance d'être élu, il faut être investi par un parti, ou au moins, comme Nicolas Sarkozy, bénéficier de son "soutien financier". La dissidence, c'est terminé, les candidatures sauvages d'hommes politiques de poids sont tuées dans l'oeuf. En échange de l'abandon du financement par les entreprises, les partis sont désormais subventionnés par l’État, donc le contribuable, sur la base des voix obtenues au premier tour des législatives. Il faut donc une structure capable de présenter un maximum de candidats sérieux (à même de recueillir plus d'un pour cent). Là encore, qui peut le faire à part les grands partis déjà installés. Comme le diraient nos amis économistes, le ticket d'entrée sur le marché politique est élevé, ce qui rend quasiment impossible l'arrivée de nouveaux entrants. Cette dérive est malsaine pour notre démocratie, car comme le remarque Thierry Crouzet, les grands médias sont complices. Cette glaciation de la vie politique les arrangent bien. On tourne sans cesse sur des têtes connues, dont on a les portables, qui "passent bien" à la radio et à la télévision, assurant ainsi de bonnes émissions et de bonnes audiences.

Il faut pourtant réagir, non pas en faisant la révolution, en cassant tout. Cela n'a aucun sens si c'est pour reproduire le même système, avec d'autres à la place. La solution, est d'installer (ou de faire revivre) des contre-pouvoirs, pour que la situation politique conserve toujours une certaine instabilité, que le jeu soit sans cesse rebattu. Le scrutin majoritaire est pour cela une bonne chose, et l'instauration de la proportionnelle achèverait la glaciation. Un élu bien installé dans les circuits parisiens pourrait toujours se maintenir, en se positionnant assez haut sur une liste. Il ne court aucun risque alors que le passage périodique devant les électeurs permet d'éliminer du jeu des individus (certains le méritaient, d'autres pas forcement). Il oblige aussi les hommes politiques à se remettre en cause, car ils savent que leur position peut s'effondrer du jour au lendemain. Le nombre de places étant fixe, pour qu'il y ait des entrants, il faut que d'autres soient sortants (volontairement ou non).

L'urgente réforme est de laisser le jeu électoral le plus ouvert possible, que l'électeur puisse avoir un large choix et que son vote ait un vrai poids, qu'il ne soit pas le choix entre bonnet blanc et blanc bonnet ou une simple ratification de décisions prises ailleurs. En cela, le résultat du référendum de 2005 a été un grand moment de démocratie.