Nouvelle initiative dangereuse des présidents de conseils régionaux français, vouloir entrer dans le capital d'EADS, comme le font les lander allemands. Est-ce la jalousie qui a poussé à une prise de position aussi grotesque ? La situation d'un land allemand est loin d'être la même que celle d'une région française.

L'Allemagne est un État fédéral, où les lander ont beaucoup de pouvoirs, une véritable autonomie fiscale et donc les moyens politiques et financiers de leurs ambitions. A coté, les conseils régionaux français sont des collectivités locales aux compétences limitées et aux moyens financiers encore plus chiches. Alors que les présidents de région passent leur temps à pleurer après les transferts de charges, et le fait que l’État ne compense pas assez les dégrèvements, ils trouvent les moyens financiers de se lancer dans une opération qui n'a qu'un rapport extrêmement lointain avec leurs compétences. Que ces huit là ne la ramènent pas sur les questions financières, s'ils sont capables de trouver de l'argent pour acheter des actions EADS, ils sauront en trouver pour autre chose !

C'est là un nouveau pas dans une dérive de la décentralisation, fortement accentuée depuis 2004, où les exécutifs régionaux se prennent ouvertement pour des grands barons et n'hésitent pas à braver ouvertement et frontalement le pouvoir d’État. Il serait temps de les ramener à leur place. La France est encore une république unitaire, et je trouve très étrange que le ministre de l'Intérieur (qui a la charge des collectivités locales) ne soit pas plus strict. Les préfets ont le pouvoir de bloquer les délibérations des collectivités locales qui leurs semblent illégales. L’État doit se faire respecter et si une réforme doit avoir lieu, il faut la mener sereinement, pas à la hussarde et par la politique du fait accompli. Je suis également surpris du silence des "républicains" comme Jean-Pierre Chevènement, pourtant chantre de la République Une et Indivisible. Où sont tous les jacobins qui refusent de donner un statut aux langues régionales. L'unité de la République n'est-elle pas plus menacée par les initiatives des présidents de régions ?

Je ne suis pas certain que ces présidents de régions socialistes se rendent compte qu'ils ont ouvert la boite de Pandore. C'est amusant, quand on tient quasiment toutes les régions, de jouer cet échelon contre l’État central. Les choses peuvent changer et si la Gauche revient aux manettes de l’État, est-ce que la présidente de la République Ségolène Royal aura les mêmes attitudes que la présidente du conseil régional Poitou-Charentes Ségolène Royal. Que dira-t-elle a un président de conseil régional de Droite qui annoncera qu'il refuse d'appliquer une mesure qu'elle a décidée ?