La blogosphère politique, c’est encore une promesse, un vaste potentiel, mais le fruit est encore loin d’être mûr. On le voit dans cette campagne, la place et l’apport de la blogosphère politique est très faible, voire inexistant hormis quelques coups ponctuels. La visibilité médiatique tient de l’effet de mode.

L’outil est encore en gestation, la masse critique de blogs de qualité et de lecteurs-commentateurs de bon niveau n’est pas encore atteinte. Et surtout, la mise en réseau, talon d’Achille de cet outil, est très nettement insuffisante. Un blog, c’est une personne, ou un petit groupe, forcement des amateurs pour qui c’est un loisir. Le blog tel qu’il est vécu et pratiqué nécessite une totale liberté, que l’on ne peut plus avoir à partir du moment où le blog devient l’outil de travail. Cela explique aussi le caractère parfois inégal de la production (aucun individu ne peut être génial tous les jours) et du rythme de la production. Rester sur une logique individuelle de blogs isolés est une impasse.

La blogosphère politique pourra produire et donc compter quand elle aura acquis la maturité et que l’instrument sera mis au service de groupes cohérents, qui font autre chose que bloguer pour bloguer. La conversation, le café du commerce, c’est agréable, délassant, on peut se défouler, mais cela ne mène pas bien loin. Ce qu’il faut, c’est qu’émergent des groupes identifiés, reconnus, avec un minimum d’organisation et de coordination. Autour de blogs-pivots, des vaisseaux amiraux à forte notoriété, se mettent en place des flottilles, qui soient de véritables producteurs de fond (par les articles mais aussi par les échanges), que les blogs centralisateurs vont relayer.

Actuellement, dans la blogosphère politique que je connais, je vois deux initiatives qui vont dans ce sens, assez différentes et encore en maturation, le réseau freemen et Lieu-commun. Les deux sont une marque en passe d’être bien connue et identifiée, référencée et visible. Les deux ont également une cohérence. Elle est idéologique pour les freemen, sur la question du réchauffement climatique et de ses conséquences, alors que Lieu-Commun (dont je suis membre) ressemble davantage à un « club anglais » de blogueurs aux sensibilités politiques différentes, mais animés d’un même esprit d’écoute et d’exigence intellectuelle. Leur ambition est de produire du fond, de proposer un contenu construit, réfléchi, chacun selon sa méthode. Pour l’instant, la production est encore aléatoire et inégale, mais c’est un début et cette blogosphère fonctionne sur une autre temporalité que celle de l’actualité et de la campagne. Des actions sont déjà menées par les freemen, de manière fractionnée, sur une logique de projets sur lesquels se regroupent ceux qui le veulent. Pour Lieu-Commun, le passage à la vitesse supérieure, de l'agrégateur au blog collectif n'a été possible qu'à la suite de longs et fréquents contacts entre les membres, qui ont appris à se connaitre et à se respecter.

C’est vers ce modèle que la blogosphère politique doit tendre si elle veut peser tout en conservant son esprit actuel, qui fait tout son charme et sa spécificité, à savoir une production d’amateurs éclairés, qui n’ont rien à prouver, qui échangent pour le plaisir de la réflexion, de l’échange, sans autre enjeu.