Le point vient de nous sortir une couverture racoleuse à souhait, typique de ce que la Presse magazine nous produit régulièrement. Sur un grand portrait de François Ier, ce titre : "La Renaissance, quand la France s'éveillait". Au dessus, quelques mots clés : Châteaux de la Loire, Léonard de Vinci, Rabelais, Montaigne, Nostradamus. On est totalement dans le cliché et c'est intéressant, par ce biais, de lire l'imaginaire collectif des français sur un thème, et d'analyser les distorsions avec la vérité historique.

D'abord François Ier. Certes, c'est un souverain qui a beaucoup fait pour les arts, qui a bâti, protégé des artistes. C'est aussi un souverain qui a su très habilement faire sa propagande, en se présentant comme le souverain des arts, l'homme cultivé, au point d'effacer le reste du pays. Les châteaux de la Loire, à part Chambord en entier et quelques morceaux d'autres châteaux (Blois ou Fontainebleau par exemple), ne lui doivent rien. Chenonceaux, Azay le Rideau sont des constructions privées. Louis XII avait déjà bien entamé Blois. La Cour de France résidait souvent en Val de Loire depuis le règne de Louis XI. Les châteaux de la Loire ne sont pas arrivés, comme cela, par un coup de baguette magique du roi François Ier. Il en va de même pour tout le mouvement littéraire qu'il a accompagné, protégé, mais en rien initié. Dans les mêmes conditions de paix et de prospérité, un autre aurait fait aussi bien, voire mieux.

Deuxième cliché, la Renaissance est un moment de réveil, après un long sommeil. C'est tellement gros que les promoteurs de ce dossier ont été obligé de laisser une (petite) place à un grand médiéviste, Jacques Le Goff, qui explique que le véritable réveil, c'est le XIIe siècle. Ce que l'on appelle Renaissance ne serait jamais arrivé s'il n'y avait eu ce réveil, quatre siècles plus tôt. Plus globalement, c'est la légende noire du Moyen Age qui revient. Là encore, c'est un gros cliché de propagande, lancé pour créer un contraste et faire ressortir avec encore plus d'éclat le XVIe siècle. Pourtant, le Moyen Age est une période riche, culturellement et intellectuellement, mais tellement lointaine dans ses structures mentales que nous ne la comprenons plus, d'où ce rôle de repoussoir qui lui colle injustement à la peau.

Troisième cliché, qui fait toujours recette en France, c'est l'ode à "la France qui domine le Monde". Là encore, il faut tordre le coup au cliché. La première puissance mondiale, au XVIe siècle, c'est l'empire des Habsbourg, qui comprend l'Autriche, la Hongrie, une partie de l'Allemagne et surtout l'Espagne et ses colonies. Le grand souverain de la première moitié du siècle, ce n'est pas François Ier mais Charles Quint. Sur l'origine du mouvement culturel, désolé de décevoir nos chauvins, mais ce sont les italiens qui ont fait le boulot, nous nous sommes contentés de les copier et surtout de les piller. Derrière Marignan et Bayard, il y a les fourgons qui ramènent les œuvres d'art et les artistes. Résumons : au XVIe siècle, la puissance politique est en Espagne, la puissance financière est en Allemagne et en Italie, la floraison artistique en Italie. Le génie de la France a été de récupérer, de mettre une couche de vernis et de s'attribuer la paternité de l'ensemble par un matraquage de communication.

Une fois de plus, nos magazines "généralistes" se contentent de donner à leur lecteurs ce qu'ils ont envie de lire, ce qui conforte les clichés. Pour la découverte, l'inattendu, il faut aller voir ailleurs. C'est pourtant cela que j'attends.