Jean-Pierre Chevènement vient de retirer sa candidature aux élections présidentielles et appelle à voter en faveur de Ségolène Royal. Il suit de peu le PRG qui renonce à présenter Christiane Taubira et Christine Boutin, qui s'est finalement ralliée à Nicolas Sarkozy après avoir fait planer l'ombre de sa candidature. A chaque fois, le syndrome du 21 avril a servi pour justifier ce qui est du calcul d'arrière-boutique électorale. En effet, le retrait de la candidature s'est fait à chaque fois contre la promesse de quelques circonscriptions gagnables. On imagine que celle de Belfort sera en haut de la liste des cadeaux du PS. Ne pouvant pas espérer devenir président de la République, autant espérer redevenir député, car en 2002, le bon score présidentiel de Jean-Pierre Chevènement lui avait coûté son siège au Palais-Bourbon.

Au moins ont-ils conclu l'accord rapidement, sans jouer les coquettes. Jean-Pierre Chevènement avait d'ailleurs clairement annoncé, lors du lancement de sa candidature, qu'il était ouvert au dialogue et aux alliances. On ne peut pas trop lui jeter la pierre, contrairement à d'autres "petits candidats", qui n'arrêtent pas d'annoncer qu'ils iront jusqu'au bout. Plus ils le disent, plus cela sonne faux, un peu comme des appels du pied, avec à la clé un "accord pour les législatives".

Ce qui me gêne, c'est que les programmes et les sensibilités politiques que représentent ces candidats sont vite larguées pour quelques places au soleil. Jean-Pierre Chevènement et Christine Boutin sont pourtant porteurs d'une sensibilité politique intéressante et spécifique. J'ai bien peur que les gros candidats ne fassent pas de grandes concessions sur ce plan, ce qui affadira la campagne. C'est très dommage car l'élection présidentielle est LE moment du débat d'idées, avec des personnalités qui s'affrontent et débattent. Pour certains partis, ce n'est pas la victoire qui compte, mais l'occasion de promouvoir des idées et le seul moyen d'exister médiatiquement est d'avoir un candidat à la présidentielle. Toute la logique du système de la Cinquième République est centrée autour de ce scrutin. Renoncer à cette candidature, c'est retirer toute logique autre que la quête de prébendes et de sinécures à l'existence de ces petits partis politiques. Verra-t-on renaitre l'UDSR de François Mitterrand ? Ce serait un mauvais coup pour le fonctionnement de notre démocratie.