Les travées étaient bien vides pour la discussion du projet de loi de prévention de la délinquance. C'est d'ailleurs cet aspect des débats qui a le plus retenu l'attention du journaliste du Monde.

C'est vrai que les députés ne se sont bousculés pour venir, et ils avaient de bonnes raisons. Pour eux, la campagne électorale a commencé et c'est sur le terrain qu'il faut être, à la rencontre des électeurs. Plus on avance, plus il devient difficile de les faire venir à Paris. Alors pensez donc, des discussions qui se poursuivent jusqu'au vendredi après midi, ils n'en sont pas friands. Ensuite, ce texte est assez largement inutile. Les députés socialistes se sont amusés à plusieurs reprises en pointant des dispositions du nouveau texte qui réforment d'autres dispositions contenues dans les lois précédentes, avant même que ces dernières aient été mises en application. C'est l'illustration parfaite de cette manie française de légiférer à tout va. L'arsenal juridique est largement suffisant, ce qu'il faut, c'est l'appliquer et y mettre les moyens humains et matériels. Avec ce texte de prévention de la délinquance, on a perdu une semaine et demie de travail parlementaire pour permettre à Nicolas Sarkozy de faire son show et de prouver que c'est lui le patron, qu'il est encore capable d'imposer ses textes en priorité, malgré un agenda parlementaire totalement bouché.

De toute manière, ce texte n'aura qu'assez peu de conséquences, car je doute que les décrets d'application soient publiés avant la présidentielle, s'ils le sont un jour. Cela aura permis aux spécialistes de la question de débattre entre eux, ce qui est déjà bien. C'est d'ailleurs dans ces débats que l'on peut sentir la sensibilité de chaque camp, bien plus que les discours des candidats à la présidentielle.

Ce projet de loi va maintenant passer en deuxième lecture au Sénat, mais que le journaliste du Monde se rassure, il n'y aura aucune mauvaise surprise, aucun cavalier. Depuis peu, les amendements additionnels et autres cavaliers législatifs (mesures sans rapport avec l'objet du texte) ne sont plus recevables en deuxième lecture. Seuls sont discutés les articles qui n'ont pas été votés dans les mêmes termes par les deux assemblées. Cela devrait susciter encore moins d'intérêt que la première lecture, surtout si Nicolas Sarkozy n'est plus ministre de l'Intérieur à ce moment là, ce qui est fort probable.