Ségolène Royal est allé se promener au Moyen-Orient. Avant elle, un autre candidat socialiste, Lionel Jospin, avait aussi voulu se donner une stature internationale en allant faire une conférence là-bas. Le résultat est à chaque fois pitoyable, car la Gauche a une vision très idéologique de la situation du Moyen-Orient, mais aussi de ce que doit être une politique étrangère.

Rappelez vous, dans les années 60, la Gauche et l'Extrême Gauche n'en avaient que pour Israël, érigé au rang de modèle. Il est vrai que les travaillistes étaient au pouvoir et vivaient sur un programme politique datant des années 20 qui faisait la part belle au socialisme utopique. L'emblème de cette ligne est le Kibboutz, alternative "socialiste" à l'entreprise et au modèle capitaliste. Depuis, les israéliens sont revenus sur terre et ont tourné le dos à ce modèle. Quelque part, nos bons gauchistes français leur en veulent de cet abandon. Ils se sont alors massivement reporté sur la cause palestinienne, devenue politiquement plus correcte. Sur le Liban, ce sont à peu près les mêmes réflexes qui prévalent, avec en plus un attachement sentimental (forte communauté libanaise en France, francophonie...).

A chaque fois, les positions politiques concernant le Proche Orient ne sont pas prises en fonction de la réalité du terrain, mais selon les idéologies et les schémas que nos intellectuels plaquent sur cette réalité. A qui s'adresse ce que Ségolène Royal a pu dire au Liban, aux libanais ou aux électeurs français ? A mon avis, elle parlait aux seconds, et très logiquement, elle leur a dit ce qu'ils voulaient entendre. Que cela soit totalement à coté de la réalité de terrain, ce n'est finalement pas important.

Le Proche-Orient est un région très complexe, qui obéit à des logiques différentes des nôtres. Que ce soit à Droite ou à Gauche, nous instrumentalisons trop souvent les drames de cette région par une lecture idéologique, binaire et manichéenne où nous nous posons en donneurs de leçons. Et après, on s'étonne du recul de notre influence...