La "démocratie participative" est une thématique chère à Ségolène Royal et je sens que l'on va encore y avoir droit pour un certain temps. Elle part du constat d'un manque de contrôle des politiques et d'un manque de participation des citoyens, c'est-à-dire des non élus. Elle apporte un début de réponse en se situant dans une problématique très française, celle où le citoyen est seul face à l’État.

Elle fait donc l'impasse sur toute une tradition, il est vrai très anglo-saxonne, qui met l'accent sur le rôle politique des corps intermédiaires. En France, nous ne les aimons pas, ces corps intermédiaires, alors que jusqu'en 1789, ils étaient les piliers du système. Par volonté de réaction, les révolutionnaires ont fait table rase et ont concentré toute la légitimité politique aux deux pôles du système, l'appareil d’État et le citoyen. Tout le reste est discrédité. Il n'y a qu'à voir l'usage du mot Lobby, forcément connoté négativement, alors qu'il ne l'est pas dans les pays de tradition politique anglo-saxonne. On tolère toutefois l'existence de certains corps intermédiaires, tels que les syndicats, mais en les maintenant en état de faiblesse, d'abord par une tutelle des partis politiques auxquels ils ont longtemps été subordonnés, puis en les enserrant dans un carcan réglementaire qui aboutit à la déresponsabilisation. Même les quelques missions qu'on leur reconnaît officiellement sont finalement assumée par l’État. Qu'est-ce que le dialogue social, sinon un simulacre de dialogue en attendant que l’État tranche ? De même, nos "associations", qu'elles soient de consommateurs, professionnelles n'ont pas l'impact que peuvent avoir leurs homologues américaines dans le débat public.

Pourtant, ces corps intermédiaires sont bien utiles sur plusieurs plans. Ils assurent du "lien social", proposent de multiples activités (je pense à l'association des retraités américains). Ils jouent aussi un grand rôle dans l'expression politique des citoyens, qui peuvent avoir des idées, des envies, mais pas forcément le temps ou les moyens intellectuels de les formuler. Ils peuvent ainsi participer aux débats "par procuration", soutenant des groupes officiellement reconnus qui portent les idées et les positions politiques qu'ils partagent. En France, rien de tout cela, et finalement, ce sont toujours les mêmes qui participent, et tant que l'on restera sur ce refus des corps intermédiaires, on restera sur ce vivier composé de ceux que la politique intéresse et qui ont reçu les outils pour comprendre, pour formaliser leurs idées et pour s'exprimer en public. Les autres, souvent les plus modestes, ne peuvent que se taire, puisque personne ne parle pour eux.

J'ai bien peur que la fameuse démocratie participative de Ségolène Royal ne soit finalement qu'un gadget politique. J'ai peur que ce soit une mauvaise réponse à une vraie demande, qui ne manquera pas, une fois de plus, d'être déçue, creusant encore un peu plus encore le fossé entre le peuple et ses élites.