La laïcité est un concept important, fondateur dans notre république. Cette importance en fait l'objet de convoitise, certains essayant d'imposer une définition de ce mot et du concept qu'il recouvre, pour mieux faire valoir leurs opinions et points de vue.

A l'origine, la laïcité, c'est la neutralité de l'espace public. Aucune opinion, aucun courant de pensée ne doit prendre le contrôle de cet espace public et en fixer les règles. Tout doit pouvoir être dit, tous les débats sont autorisés et personne ne doit pouvoir interdire une prise de parole publique. Au XIXe siècle, le risque venait de l'église catholique, qui n'avait pas encore renoncé à son ancien monopole sur l'espace public, pourtant juridiquement mis à bas par la Révolution française. Les combats du tournant du siècle qui ont abouti à la loi de 1905 étaient justifiés par la nécessité de préserver la neutralité de cet espace public.

Aujourd'hui, les choses ont changé et globalement, mis à part quelques retardataires marginaux, l'église catholique s'est fait une raison, a remisé au placard ses prétentions et ne représente plus une menace pour la neutralité de l'espace public. Il faut donc évoluer et ne plus associer les mots laïcité et religion. Sur ce point, nombre de dispositions de la loi de 1905 sont obsolètes, notamment celles qui ont pour but de contenir les religions et de rendre quasi-illégitime leur participation aux débats publics. La défense archarnée par certains d'un statu-quo sur cette loi tient, à mon sens, du fétichisme.

Pour autant, la Laïcité reste un principe primordial d'organisation de notre démocratie, et il faut continuer à la préserver. Simplement, au lieu de rester figés à observer les ennemis d'hier devenus bien inoffensifs, il faudrait peut-être plus porter notre regard vers ceux qui tentent aujourd'hui, d'organiser et d'orienter le débat public en fonction de leurs croyances et de leurs opinions. Évitons d'avoir, comme en 1940, une guerre de retard.