Le "awards circus" de ce que l'on appelle pompeusement la littérature française va commencer. Des prix littéraires, il y a un paquet, des connus, d'autres moins. Surnagent quelques noms, comme Goncourt, Interallié, Fémina, Renaudot. Tous sont de la même eau, aussi frelatés les uns que les autres. Composés de jurys inamovibles, liés par toutes sortes d'intérêts passés, présents et futurs avec le (petit) monde de l'édition, ils sont absolument incapables de la moindre objectivité. Ils sont parfaitement intégrés dans le système médiatique et savent jouer de toutes les ficelles pour exister et jouer le rôle qui leur est demandé : faire vendre. Cette année, c'est le prix Fémina qui nous offre le pseudo-scandale de début de saison, par un règlement de comptes pitoyable, qui n'intéresse que le milieu concerné.

Depuis des décennies, le système est dénoncé, mais bien peu ont le courage de le heurter de front, de refuser un prix comme l'a fait Julien Gracq en 1951, quand il refusa le Goncourt. L'ouvrage primé méritait pourtant amplement la récompense. Le Rivage des Syrtes est un roman magnifique, que je recommande à tous. C'est peut être le seul que j'ai relu (une dizaine d'années après la première lecture). L'année d'avant, le même Julien Gracq avait publié un petit opuscule, La littérature à l'estomac, qui fustigeait avec talent ce monde clos de l'édition parisienne, pour qui, déjà, le livre est un produit commercial, et où la promotion d'une œuvre tient parfois plus du copinage et de vieilles haines que des qualités intrinsèques de l’œuvre. Et comme tous les ans, des milliers de gogos vont se jeter sur des bouquins, sur la foi de la bande rouge placée en bas de la couverture. Comme si l'obtention d'un prix était gage de qualité littéraire !

Pourtant, ces prix et cette critique littéraire ont un rôle à jouer, celui de guider le lecteur, de l'orienter dans ses choix et ses lectures. Comme beaucoup, j'attends que cela soit fait en fonction des qualités intrinsèques de l’œuvre, et uniquement cela, avec des comptes-rendus honnêtes. Quand j'ouvre un magazine littéraire ou un supplément livre d'un quotidien national, j'y trouve rarement mon bonheur, car je porte sur eux un regard suspicieux. Comment distinguer le commentaire sincère du renvoi d'ascenseur ? Les liaisons de ces revues avec le milieu littéraire sont incestueuses et consanguines. Je prend l'exemple de Philippe Sollers, qui selon certains est l'un des parrains de cette mafia. Il est à la fois auteur, éditeur et critique littéraire. Comment voulez-vous être crédible avec une telle déontologie, qui ferait rougir leurs confrères journalistes politiques, pourtant eux-même pas toujours très clairs. Partout au même moment, on parle des mêmes ouvrages, comme s'il n'y avait que cela comme nouveauté.

Quelle solution alternative ? Les blogs pourraient remplir ce rôle de conseil sincère, d'explications et de critiques uniquement basées sur les qualités artistiques et littéraires des œuvres récentes. Pour les plus anciennes, le recul et le temps opèrent une sélection impitoyable, le problème ne se pose pas. Je dois constater que cette blogosphère n'est pas aussi développée que je le souhaiterais, avec des blogs-phares (je pense à Assouline) qui sont écrits par des personnes liées au milieu éditorial, donc suspects. Pourquoi iraient-ils écrire différemment dans leurs blogs et dans leurs articles de presse écrite ? C'est un peu désespérant !