J'ai regardé d'un œil une partie du dernier débat télévisé entre les candidats socialistes. J'ai retenu un propos de Ségolène Royal qui m'a frappé par sa justesse. Alors qu'on lui parle de carte scolaire, elle répond que c'est une mesure technique, qui relève du ministre de l'éducation nationale. Elle concourt pour le poste de président de la République, dont le rôle est de porter un projet global, des valeurs, et c'est sur cela que doit porter le débat.

Ce recadrage est le bienvenu, car il ne faut pas confondre les élections. Une présidentielle, ce n'est pas une municipale. Le président de la République est la clé de voûte de notre système institutionnel, mais il n'a pas une fonction directement opérationnelle. Il impulse, donne les directives générales, arbitre. C'est le gouvernement et le premier ministre qui gèrent, mettent en musique. Chacun son rôle, l'un est le capitaine, l'autre le chef mécanicien du paquebot. On ne demande les mêmes compétences pour ces deux postes, pourtant essentiels l'un ou l'autre. Ce qui m'importe de connaitre d'un président, c'est sa philosophie générale, sa manière d'être et de réagir, ses valeurs et ses priorités. Pendant un mandat qui dure quand même cinq ans, il peut se passer bien des choses, les circonstances changent et il faut s'y adapter. En fonction de l'état social du pays, de la croissance économique, de l'équilibre international, des choses sont possibles ou non. Des situations que l'on imaginait pas au moment du vote peuvent se présenter et il faut faire des choix. Ce que je veux d'un candidat, c'est qu'il me donne de quoi comprendre la logique des choix qu'il sera amené à faire, pas le détail technique de la mise en œuvre.

Pour autant, le candidat ne doit pas se contenter de rester dans les limbes (ce que je reproche à Ségolène Royal). Des débats de société sont en cours, plus ou moins avancés. Des options sont déjà prises, les choix sont à peu près identifiés. Il faut alors trancher. C'est le cas de la question sur la mixité sociale et plus généralement le rôle intégrateur de l'école. J'ai été très irrité par les interventions des journalistes qui animaient ce débat, sans cesse à faire descendre les échanges au niveau d'une élection municipale. Je m'en fout des modalités techniques de la carte scolaire, ce qui compte, c'est de savoir si l'on veut ou pas la mixité sociale dans les écoles, le pourquoi d'une telle position, le shéma global qui sous-tend la position prise sur ce sujet. Personnellement, je m'interroge sur la nécessité sans cesse mise en avant de mixité sociale, surtout quand on tombe dans "la mixité sociale pour la mixité sociale". A quoi cela sert d'avoir cette mixité ? C'est cela que veut entendre de la part des candidats. Et si la réponse me donne satisfaction, j'accepterais plus facilement les contraintes et les désagréments type carte scolaire. Encore faut-il expliquer, car il me semble que les français comprennent de moins en moins les raisons, pourtant valables, qui imposent de maintenir une mixité sociale. Il votent alors avec leurs pieds, en fuyant, par des dérogations passe-droit, de fausses domiciliations ou l'inscription dans le privé. Il y a là un vrai problème, mais il est traité dans le débat médiatique de manière totalement idiote, par des pansements sur des jambes de bois. Ce n'est pas en supprimant ou en modifiant les modalités de la carte sociale que l'on va résoudre la question de fond.

Ce débat a illustré de manière éclatante cette incapacité des médias à élever les débats au niveau des enjeux, préférant le ramener au niveau des téléspectateurs. Cela s'appelle le nivellement par le bas. C'est de cela que crève notre démocratie.