Mon billet sur l'association "contribuables associés" a connu un succès inattendu auprès d'un courant d'idée jusqu'ici absents sur ce blog, les "libertaires". Depuis ce matin, ils se succèdent sur les commentaires du billet, faisant dériver au passage le débat. Cette critique de l'association "contribuables associés" porte essentiellement sur leurs méthodes et très peu, hormis quelques phrases laconiques, sur le substrat théorique sur lequel est bâti leur argumentation. Les réponses du courant "alternative-libérale" ont évité ce débat des méthodes pour prendre la défense vigoureuse de l'association et des théories néo-libérales qu'ils estimaient attaquées.

Le débat ainsi amené sur les fondements théoriques est intéressant, et je préfère le reprendre ici plutôt que de continuer les commentaires à l’infini, pour exposer un peu en détail mes positions, non pas sur les théories économiques de l'impôt et de la redistribution (je suis une nullité en théorie économique) mais sur les théories politiques sous-jacentes à ces positions libertariennes. Les commentaires de Hunden, sous le billet "contribuables associés" sont construits et révélateurs d'une pensée structurée. Ils me serviront donc de point d'appui pour l'expression de mes critiques et désaccords, mais aussi de mes propositions.

Ces positions poussent à leur paroxysme les positions libérales sur l'équilibre au sein de la société entre l'individuel et le collectif. L'individu est tout, le collectif n'est rien, ou presque. Je caricature un peu, mais c'est pour bien faire comprendre que le curseur est mis très loin du coté de l'individualisme, alors que plus on va vers la gauche, plus le curseur se déplace vers le collectif comme lieu de décision et d'arbitrage. D'où ces commentaires qui parlent de "vol" et de spoliation en parlant de l'impôt, et qui surtout disqualifient complètement le régime démocratique actuel comme lieu légitime de décision. Seul l'individu peut décider de ce qui le concerne et donc, toute autorité qui s'exerce sur lui est dictatoriale. En découle un refus plus ou moins virulent des autorités politiques. Un régime représentatif trahit forcément ses mandants ! (J'espère avoir retranscrit assez fidèlement la base idéologique. Si ce n'est pas le cas, vous pouvez y apporter des remarques et compléments, dans le respect des règles de courtoisie et de débat serein.)

Bien qu'accordant une valeur à l'individu, je ne peux pas me reconnaitre dans ce refus du collectif. Le mouvement issu de la philosophie des Lumières a profondément mis en avant l'individu comme centre et pivot. Je m'inscrit dans ce mouvement (je suis un homme de mon temps), et je suis très imprégné de cette primauté donnée à l'individu. Je me considère comme une individualité distincte avant de me considérer comme partie d'un ensemble plus vaste. J'entends peser sur les décisions qui me concernent, si possible en les prenant moi même. La différence avec les libertariens n'est pas tellement sur le fond, mais plutôt sur l'intensité et l'ampleur.

J'ai beau être libéral, pour autant, je n'oublie pas que l'homme est un animal social, qu'il ne se réalise pleinement qu'en communauté. Depuis l'aube de l'humanité, l'homme à besoin du regard de l'autre pour exister, pour prendre conscience de son individualité. La vie en communauté est donc inévitable et à partir de ce moment là, il faut l'organiser. Notre société est sortie depuis longtemps du néolithique et a acquis une complexité toujours plus grande, qui est le corrolaire d'un très haut niveau de développement. Pour l'atteindre, il est nécessaire de développer des services collectifs, pour que la communauté prenne en charge ce que l'individu seul ne peut pas assumer, que ce soit par exemple la recherche ou la production de biens complexes. La communauté peut aussi décider qu'il est nécessaire à sa cohésion d'atténuer les écarts de richesse en procédant à des redistributions. Elle a aussi pour rôle de gérer l'imaginaire collectif, l'immatériel, ce qui soude la communauté, que ce soit les croyances, les mythes, les projets d'avenir. Quelques soient les époques et les lieux, ces mécanismes ont été plus ou moins massivement mis en œuvre, mais partout, dans toute société humaine, on les retrouvent.

A partir de là, les options extrêmes des "ultra-libéraux" et des libertariens ne m'apparaissent pas tenables. Ils peuvent se permettre ce genre de positions parce que justement, ils sont nés dans une société qui n'applique pas leurs théories et ne suit pas leurs préceptes.