Cette association de contribuables est bien connue au Parlement, pour son activisme "rentre-dedans" (avis aux lecteurs de gauche, retenez votre souffle avant d'aller visiter le site). C'est un magnifique exemplaire de ce qui se fait de mieux en poujadisme. Le langage est un peu plus chatié, mais le fond est bien là. Leur programme : supprimer les impôts et à défaut de pouvoir y arriver, les réduire au maximum. Chez eux, la dépense publique est présumée gaspillage jusqu'à preuve de son utilité.

Tous les mois, l'association menée par Benoîte Taffin, ancien maire du 2ème arrondissement de Paris, sort un journal, au nom sans équivoque "le cri du contribuable" (sous entendu le cri de douleur et d'indignation). On peut y lire quelques exemples de leur action et ce mois ci, est paru le "palmarès" des députés. Un classement de plus, et réalisé sans nuance, à la manière d'une charge de cavalerie lourde. Cet argus, qui classe les députés comme des véhicules d'occasion, repose sur deux piliers : la signature de propositions de loi soutenues par les contribuables associés et la présence aux "rendez-vous parlementaires" organisés par cette association au sein même des locaux de l'Assemblée nationale. Chaque cosignature et chaque présence valent un point, ce qui donne une note sur dix. Les propositions de loi retenues ne sont pas piquées des vers. Les plus représentatives de l'esprit des contribuables associés sont celle de Léonce Deprez, qui vise ni plus ni moins, à abolir le statut de la fonction publique, celle de Michel Hunault qui entend imposer un retour à l'équilibre budgétaire, celle de Daniel Poulou, dont seul l'énoncé suffit pour comprendre "créer une exonération spécifique en matière de droit de succession et de donation pour la transmission de la résidence principale acquise par le travail". Tous les mots clés sont là !!

Le ton est donné, et les contacts avec les députés sont de la même finesse. Le chantage à l'électeur est permanent, ils ne connaissent d'ailleurs que cela : "sachez que vos électeurs seront informés de vos positions". Les députés de gauche s'en foutent, mais à droite, c'est gênant de se retrouver pointé du doigt. Ils font quelques efforts, de plus ou moins bonne grâce, cosignent une ou deux propositions de lois, se font représenter aux "rendez-vous parlementaires" (ce qui ne rapporte qu'un demi point alors que la présence du député vaut un point). Régulièrement, les contribuables associés ont recours à la très désagréable technique de la carte type. Chaque adhérent est prié d'envoyer la carte du moment à son député, histoire de montrer ce que pèse l'association. Sur le fond, le message est simpliste, le but étant l'intimidation. Ce sont en général les mêmes adhérents d'une fois sur l'autre, ce qui relativise beaucoup leur influence réelle. Mais cela irrite beaucoup de députés, qui n'apprécient d'être ainsi pris à partie.

Cet extrémisme et cette virulence desservent terriblement la cause défendue par cette association. La déclaration des droits de l'homme de 1789, dans son article 14, dispose que les citoyens ont un droit de contrôle sur l'argent public. Malheureusement, ce devoir citoyen est trop souvent abandonné à des excités comme l'association "contribuables associés", au risque de faire fuir ceux qui pourraient exercer cette mission avec mesure et honnêteté intellectuelle.