Le poids de l'extrême-gauche dans le paysage politique français m'a toujours sidéré. Ces groupuscules, dont l'idéologie de base est héritée tout droit du 19ème siècle, passent leur temps à se chamailler et scissionner au point que personne ne s'y retrouve plus. Leur programme politique est totalement irréalisable et souvent, ils restent dans l'incantation. Les mesures concrètes sont rarement détaillées, mais cela n'est guère nécessaire puisque leur but n'est pas d'arriver au pouvoir, du moins pas par les urnes.

Et pourtant, ils bénéficient d'une aura et d'une image incroyablement positive, notamment dans les médias qui les font passer pour des modèles. Etre ou avoir été gauchiste, trotskiste, maoïste semble être une obligation, en tout cas, c'est toujours présenté comme valorisant. Je n'arrive pas à comprendre que l'on puisse encore accorder du crédit intellectuel à des individus qui se sont ainsi égarés. Et pourtant, ce sont eux qui occupent les postes importants dans l'université, la presse, l'audiovisuel. En politique, les partis de gauche en sont remplis de ces ex-trotskistes plus ou moins repentis. Bien entendu, les partis qui se réclament de cette mouvance font des scores aux élections et arrivent même à présenter plusieurs candidats à chaque présidentielles, ce qui montre que le terreau électoral est suffisamment riche.

J'essaye de comprendre ce qui est une singularité en Europe de l'Ouest, et pour moi une énigme. Est-ce une faiblesse de la culture politique des français ? Quelle culture de la responsabilité et de la démocratie cela révèle-t-il ? La démocratie, c'est le pouvoir du peuple, qui s'exerce par le suffrage, pour désigner des représentants chargés de gérer les destinées de la collectivités. Quand 15 à 25 % des voix se portent sur des candidats absolument pas en capacité de gérer le pays, et qui crient bien fort, au contraire, leur volonté de "tout casser", on se demande si les français sont politiquement matures.

Car finalement, la question est là, dans la capacité ou l'incapacité des électeurs à faire vivre la démocratie et à s'en approprier les rouages. Il semble que depuis l'Ancien régime, la France se complet dans un système ou une élite fermée (hier les nobles, aujourd'hui les hauts fonctionnaires) dirige le pays, sans trop demander son avis au peuple, sauf à ratifier en bloc les décisions prises (mais de loin en loin). De l'autre coté, le peuple semble lui aussi se plaire dans cette enfance prolongée, où il peut faire des caprices et jouir d'un confort douillet (sécurité sociale, pas de conflit militaire, culture et sous culture assurés...) sans avoir à affronter les responsabilités, qui imposent de trancher. De temps en temps, quand les "adultes" sont un peu trop sévères, on en change, mais on garde le même schéma. Ce n'est pas pour rien que la république française est très monarchique dans son fonctionnement, avec ce besoin du "père" rôle si bien joué par le général de Gaulle, et dans un autre registre, par François Mitterrand.

J'aimerais que la France change un peu, passe à l'âge adulte. Les pays nordiques y sont déjà, avec des résultats fabuleux. Ils consacrent davantage d'énergie et de temps à élaborer des stratégies réalistes, à mener des dialogues constructifs entre patronat et syndicats, dans une culture du dialogue social qui n'est pas celle du conflit et de la révolution. Certains bavent d'admiration devant les modèles scandinaves, sans comprendre qu'ils sont à des années lumières de notre culture politique et que c'est là que réside le secret de leur réussite.