La séance de questions d'hier au gouvernement fut particulièrement animée. C'est normal, c'est la rentrée et le principe même de cette séance veut que ce soit "la fosse aux lions". C'est là que se révèlent les personnalités, notamment pour les ministres. Nicolas Sarkozy a une fois de plus été le clou du spectacle.

En effet, il ne manque pas d'aplomb ni d'humour, ce qui donne à ses réponses un intérêt particulier. Hier, en réponse à une question d'un député UMP sur l'évacuation du squat de Cachan, il a lancé cette tirade : "J’ai fait évacuer le squat de Cachan parce qu’il y avait une décision de justice et que ne pas exécuter une décision de justice, c’est ne pas respecter l’indépendance de la justice, ce que je ne puis accepter…"

Il faut oser, ce qui prouve une réelle maitrise, du moins en surface. Il arrive à jouer sur ses précédentes déclarations sur les juges, enfonçant le clou, avec une auto-dérision (il avait le sourire aux lèvres) mais aussi un culot dont bien peu de personnalités politiques sont capables. Mais à jouer avec le feu, on peut parfois se brûler, et on a vu hier (du moins pour ceux qui savent observer) les limites de Nicolas Sarkozy. Sa réponse, polémique à souhait, met en cause le député-maire de Cachan, le socialiste Jean-Yves Le Bouillonnec, accusé d'avoir voulu faire un "coup politique" en accueillant les expulsés dans un gymnase de sa ville.

La réaction socialiste est immédiate et Jean-Yves Le Bouillonnec demande la parole pour un "fait personnel". Cette procédure permet à un parlementaire qui s'estime mis injustement et personnellement en cause de répondre. Jean-Louis Debré refuse et ne fait qu'appliquer le règlement (sinon, vu les polémiques lors des questions au gouvernement, on ne s'en sortirait pas). Mais ce n'est que partie remise. Après une question d'un député UMP, Jean-Yves Le Bouillonnec prend la parole, le député socialiste qui devait poser une question ayant renoncé à son temps de parole pour le laisser à Jean-Yves Le Bouillonnec.

C'est donc un député-maire vibrant d'indignation qui prend le micro, pour défendre son action, avec il faut le reconnaitre, une réelle sincérité. On sent l'homme blessé par une attaque qu'il estime profondément injuste. Dans ces moments là, les jeux de rôles cessent. Ils cessent pour le maire de Cachan, mais aussi pour le ministre de l'Intérieur. Sarkozy choisit de répondre frontalement en prenant le contre-pied : "j’affirme que vos déclarations sont entièrement fausses". Il reprend le contenu de son propos lors de la précédente question, en le martelant. Inutile de dire que l'ambiance est électrique et fortement chargée en émotion.

Ce sont deux hommes qui s'affrontent et dans ce combat, Nicolas Sarkozy à quelque part perdu symboliquement. Alors qu'il est censé répondre à un député en particulier et donc s'adresser à lui, Nicolas Sarkozy n'a pas regardé dans la direction de Jean-Yves Le Bouillonnec pendant tout le temps de sa réponse. Il a fui le regard de son adversaire, signe d'un malaise qui contrastait singulièrement avec l'aisance de sa première réponse, où il se trouvait dans un schéma d'affrontement "politique" sans implications émotionnelles. Quand on joue avec le feu, il faut se garder des retours de flammes.