La promo s'amplifie autour de la sortie du livre "des députés sous influences", dont je ne manquerai pas de faire un compte rendu quand je l'aurai lu. Après l'Express, c'est "20 minutes" qui s'y met. Je ne peux pas, d'ores et déjà, m'empêcher de réagir au contenu lapidaire cet article qui fait de cette promotion la couverture principale de son édition du 2 octobre. Ce que je peux dire ici ne concerne donc que le contenu de l'article, et ce que l'on percevoir du contenu du livre à travers cet article.

La philosophie générale sous-tendue est quand même celle du "tous pourris", les députés se faisant "acheter" par des lobbies (ouh le vilain gros mot) et les intérêts "privés". En gros, ils sacrifieraient l'intérêt public aux intérêts privés. Avec des phrases comme "pour qui roule votre député ?", on laisse entendre que certains ne seraient que des putes, qui vendraient leur vote au plus offrant. On flatte ici le vieux fond anti-parlementaire, mine inépuisable pour les partis des extrêmes.

Pour appuyer ces propos, on nous présente quelques faits, qui seraient des "preuves" au soutien de l'insinuation principale. Certains lobbies disposeraient de "badges d'accès". Oui, et pourquoi pas. L'Assemblée nationale, ce n'est pas le coffre à lingots de la Banque de France ! C'est un lieu public dont l'accès est règlementé pour des raisons de sécurité, mais c'est tout. De la même manière, toutes les informations qui circulent à l'Assemblée nationale sont publiques. Il n'y a pas un quelconque secret défense. En même temps, tout n'est pas en ligne sur le site internet de l'Assemblée et le travail de "veille" qui peut être demandé à des assistants, c'est de repérer quand un texte va être mis en discussion, qui a déposé des amendements, quel député va être actif (histoire d'aller le rencontrer). Rien de confidentiel donc, mais simplement des informations qu'il est plus facile d'obtenir pour quelqu'un qui est "de la maison". Sur l'existence de groupes d'études et de "colloques sponsorisés", faudrait-il que les députés s'excusent d'avoir des contacts avec les professionnels d'un secteur ? Faut-il se nettoyer soigneusement après tout contact, même furtif, avec un représentant d'un lobby ?

Les lobbies sont présents à l'Assemblée nationale, et il y ont leur place !!! Le parlementaire qui doit se prononcer sur un texte, quand il veut bien faire son travail, commence par écouter des spécialistes du sujet, mais aussi les professionnels concernés, qui viennent exposer ce qu'ils attendent, ce dont ils ont besoin, ce qui va les gêner. Comment peut-on imaginer voter un texte agricole sans écouter la FNSEA, la Confédération paysanne, les chambres d'agriculture... Les écouter, cela ne veut pas dire les suivre et leur obéir aveuglément !! Les députés plus spécialement chargés d'un projet de loi (les rapporteurs et les spécialistes) savent faire la part des choses entre les demandes légitimes et celles qui sont abusives.

Cette représentation révèle une conception très "absolutiste" du pouvoir. Finalement, l'univers mental des français est encore très marqué par la monarchie absolue, avec un roi qui décide seul et un peuple qui s'incline et applique sans la moindre discussion l'ordre qui tombe du ciel. Nous sommes dans une démocratie REPRESENTATIVE, les députés ne sont pas des oints du seigneur à qui la vérité serait seule révélée et que le contact avec des éléments extérieurs pervertiraient. Au contraire, la démocratie implique le dialogue et la négociation. Pour discuter, il faut des partenaires et les lobbies en sont un.

Les députés sont le reflet et l'écho de notre société et avant de jeter la pierre sur les députés, que chacun s'interroge sur ses propres comportements, ses propres adhésions. Être membre d'une association de "défense de quelque chose", c'est adhérer à un lobby, dont le but est de peser sur les décisions des pouvoirs publics. Qui n'a jamais écrit à son député pour lui faire part de son opposition ou de son adhésion à un texte (sur la loi DADVSI par exemple) ? Rien que ce geste, et vous êtes devenus soutien d'un lobby, en apportant votre contribution à la pression qui s'exerce sur les députés pour pencher dans un sens ou un autre. Quand viendra le moment des élections, combien détermineront leur choix en fonction de l'attitude et des votes des candidats sur tel ou tel sujet bien précis. Les lobbies ne pèsent auprès des députés que parce que derrière, il y a des voix à gagner ou à perdre aux prochaines élections.

Tout ce débat autour des influences qui s'exercent sur les députés n'est en fait qu'un écran de fumée. Le vrai pouvoir, il n'est pas à l'Assemblée nationale, mais dans les ministères. Le vrai sujet, c'est le pouvoir et l'influence des lobbies auprès des administrations centrales, des ministres et du chef de l’État, car c'est là que se prennent les décisions.