Le CSA vient de nous démontrer ses qualités de danseur de salon, avec ses décisions sur le temps de parole de l'UDF et de François Bayrou. Après l'avoir classé à titre personnel dans l'opposition, il vient de le retirer de l'opposition pour le mettre nulle part. Un tel degré d'inventivité est tout simplement stupéfiant, mais après ces dernières semaines, qu'est ce qui peut encore nous étonner ?

Cette valse-hésitation a fait l'objet de nombreux commentaires sur la blogosphère, notamment de la part des juristes, Maitre Eolas, le professeur Frédéric Rolin et François de Droit Administratif. Ces éminents juristes envisagent ces décisions sous l'angle strictement juridique, avec des réflexions très pointues, solides et argumentées. Parfois, emportés par leur verve de commentateurs d'arrêts, ils en oublient la nature de l'autorité qui a pondu les décisions contestées.

Le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel a un statut officiel d'Autorité Administrative Indépendante, mais dans les faits, c'est une instance beaucoup plus politique qu'administrative. Le domaine de l'audiovisuel est éminemment sensible et le rôle du CSA est de préserver des équilibres de manière à éviter les accusations de mainmise du pouvoir en place sur les médias. Berlusconi est là pour nous rappeler que le danger existe et que c'est pas un simple fantasme néo gaulliste. Le problème est que la politique est chose extrêment mouvante et la faire entrer dans des cases ressemble à la quadrature du cercle.

Ce qu'il faut prendre en compte, c'est la réalité, non pas les découpages préétablis. Si l'opposition et la majorité recouvraient exactement les clivages droite-gauche, ce serait trop facile. On peut être de droite et être dans l'opposition. Je ne vois aucune contradiction. Maintenant, à partir de quand peut-on dire qu'un parti est dans l'opposition ou dans la majorité. Les communistes entre 1988 et 1993 ont joué avec les limites. Aujourd'hui, c'est l'UDF qui fait le grand écart, avec à la fois un ministre et un chef de parti qui vote la censure. La tâche serait encore trop simple s'il fallait se limiter aux partis et groupes représentés à l'Assemblée nationale. Le scrutin majoritaire, qui a ses vertus, a pour effet de laminer les petits partis. Un FN à 15% mais sans aucun député, ou des verts à 10% et seulement 3 députés n'auraient droit qu'à des miettes d'accès aux médias. Après cyberbudget, on peut lancer cyberCSA, les contraintes sont aussi drastiques.

Finalement, le respect formel du droit administratif et des procédures juridiques n'est pas la priorité première du CSA et cela se comprend. On lui demande une régulation politique, pas une régulation juridique comme c'est le cas pour la plupart des vrais AAI. La période est politiquement très tendue, cela se voit dans les incidents et les affrontements violents, que ce soit les attaques de Bayrou contre le gouvernement ou les échanges entre François Hollande et Dominique de Villepin lors des questions au gouvernement. Le CSA a pris une décision de classer François Bayrou dans l'opposition, avec des arguments crédibles et parfaitement légitimes. Devant le tollé et l'incompréhension, le CSA a su réagir vite et modifier sa décision, au risque d'être un peu ridicule.

Le véhicule a passé l'obstacle. Le puriste vous dira que la peinture est rayée et que l'aile arrière est un peu enfoncée. Le réaliste vous dira que la voiture roule toujours et que c'est cela qui compte.