Le roi Bhumibol de Thaïlande fête en ce moment ses soixante ans de règne, dans la ferveur populaire, à la limite de l'adoration. Cet exemple lointain mais très actuel montre que la monarchie, suivant l'usage qui en est fait, peut être source de bienfaits et de stabilité pour un pays.

Les français dénoncent vigoureusement ce système et mis à part quelques énergumènes folkloriques et somme toute inoffensifs, personne ne songe à rétablir la monarchie dans notre pays. Pourtant, la France ne cesse de courir après les signes extérieurs de monarchie. Le président de la 5ème république a tout du monarque et les Français vont se chercher une famille royale de substitution sur un rocher de la côte d'azur. Étrange paradoxe. La France a coupé la tête de son roi en 1793 et ne s'en est jamais remise. Pourtant, ce système ne présente pas que des inconvénients, à condition d'être bien bordé et encadré.

La Monarchie offre un incomparable symbole pour un pays. C'est un facteur d'identification très fort qui permet de maintenir l'unité d'un Etat. Le roi des belges ne sert d'ailleurs qu'à cela. Un roi, c'est aussi du faste et de la représentation de haut niveau. Quand la reine d'Angleterre reçoit, cela à un prestige qu'aucun président de la république n'aura jamais. Enfin, une famille royale, ça fait rêver et à défaut, cela fait vivre la presse people. Pensez à ce que deviendrait nos Gala, Voici et autres Paris Match sans les familles d'Angleterre et de Monaco !

La monarchie, c'est aussi l'assurance d'une stabilité et d'un professionnalisme au sommet de l’État. Les monarques sont nés et élevés pour ce rôle. Ils ont la formation requise, intellectuellement, mais aussi dans le maintien, les manières et le style. Le risque républicain d'une first lady plouc et mal fagotée n'existe pas ou plus faiblement. Politiquement, à condition que les rôles soient clairement définis, il est intéressant pour le pays de disposer d'une personne d'expérience, qui peut dans l'ombre, en faire profiter les premiers ministres plus novices. La reine d'Angleterre est au courant de toute la politique britannique depuis 54 ans. Une mémoire et une expérience fabuleuses dont profitent les premiers ministres anglais.

Un monarque, c'est aussi un arbitre de dernier recours en cas de crise. Souvenez vous de l'intervention du roi d'Espagne qui fait échouer un putsch militaire en 1981 et plus généralement de son rôle majeur dans la transition démocratique. J'ai également été frappé par une intervention du roi Bhumibol de Thaïlande, dans les années 1990. La tension politique est extrême, avec des manifestations monstre de l'opposition comme un général-premier ministre très tenté par une répression dure. Au bord du chaos, le premier ministre et le chef de l'opposition sont convoqués au palais et écoutent, à genoux, l’engueulade du roi qui leur intime l'ordre de se calmer, le tout en direct à la télévision. Dès le lendemain, le calme régnait à Bangkok. Édifiant !

A coté de cela, les monarchies présentent quelques inconvénients. Cela coûte plus cher, mais pas tant que cela et au final, les citoyens en ont pour leur argent. Un autre souci est celui de la désignation du monarque, qui obéit à des règles non démocratiques et surtout très rigides. La plupart des monarchies fonctionnent sur le principe de l'hérédité, le trône passant du père au fils, avec des variations (possibilité ou non d'accepter les femmes, primauté de l'aîné ou choix possible). Les monarchies sont prisonnières de leur système et quand l'héritier désigné n'est pas à la hauteur, c'est le drame. Les belges ont quelques raisons de redouter le décès du roi Albert II et beaucoup de britanniques souhaitent longue, très longue vie à leur reine. Mais ce ne sont que des détails et des solutions peuvent toujours être trouvées. Les "erreurs de casting" sont écartées avant, ou poussées à l'abdication, comme le fut Édouard VIII d'Angleterre.

La seule véritable objection est l'absence de légitimité démocratique, mais là encore elle ne tient pas. Les monarques ne peuvent exercer leur pouvoir qu'avec le consentement du peuple et de la classe politique. Tout monarque qui sort des limites qui lui sont imposées se fait rappeler à l'ordre. Le roi du Népal vient d'en faire l'expérience, et il peut s'estimer heureux d'avoir conservé son trône. Un roi, cela se renverse, parfois démocratiquement comme en Italie en 1946 ou en Grèce en 1974. La faible légitimité démocratique va de pair avec une large absence de pouvoirs réels. Les monarques, à de rares exceptions, ont des prérogatives limitées et ne pèsent pas lourd dans la détermination de la politique générale de leur pays. En Espagne comme au Royaume Uni, le véritable patron, c'est le premier ministre.