Le sujet de l'euthanasie et plus globalement de la fin de vie prend de plus en plus d'ampleur. Du fait des progrès de la médecine, la mort est plus lente à venir, on reste traîner et la tentation est grande d'aider un peu la nature. Pour les uns, la vie est quelque chose de fondamental, un bien précieux et pour les croyants, un don de Dieu que l'on ne peut pas refuser. Pour d'autres, la vie peut être un lit de souffrance et devenir un fardeau, pour soi et pour son entourage. Lorsque le handicap lourd et la grande vieillesse sont là, que la pente est forcement descendante, pourquoi vivre quelques années de plus dans un état de déchéance et de décrépitude où on perd toute dignité. La question se pose effectivement et de plus en plus réclament le droit d'abréger leur vie, de partir avant la chute.

Je suis fondamentalement contre la légalisation de l'euthanasie. Tuer ne doit jamais devenir un acte légal, c'est une question de civilisation et cela touche aux fondements même de ce qui fait de nous des êtres humains. Pour autant, l'homme reste libre de décider de ce qui le concerne. Ce débat sur les droits des malades en fin de vie a été mené de manière admirable par les députés en 2004. En laissant une ouverture, le législateur a pris en compte une réalité, sans pour autant l'aborder de front et encore moins en parler, celui de la fin de vie et du suicide des personnes âgées.

En France, on ne parle pas de la mort, et on ne parle pas des vieux. On parque les deux derrière les murs d'institutions spécialisées. Et pourtant, on y passera tous, par la vieillesse (pour la plupart) et par la mort (pour tous). On commence à développer de plus en plus le maintien à domicile, et c'est heureux, car vivre en maison de retraite... Rien que d'y penser, quand je vais voir ma grand mère, ça me donne froid dans le dos. On passe la journée pour la passer, en attendant le jour suivant et finalement en attendant la mort, qui viendra plus ou moins vite. On s'occupe de plus en plus des séniors, mais de ceux qui sont valides. Le sujet est encore largement tabou, sur le plan collectif, et malheureusement aussi sur le plan individuel. Combien d'enfants, qui en ont pourtant les moyens, rechignent à payer l'aide alimentaire pour la maison de retraite, quand les revenus de leur vieille maman ne suffisent pas ? Combien de personnes âgées, chez elles ou en institutions ne reçoivent pas de visites ?

Sur ce sujet, qu'est ce que propose la société ? Pas grand chose car personne n'ose aborder le problème de front. Pourtant, des épisodes comme la canicule de 2003 auraient permis d'ouvrir le débat. On se retrouve ainsi avec des pratiques contestables et non dites. Passé un certain âge, on devient un malade de seconde classe. Après 70 ans, un homme atteint d'un cancer de la prostate ne sera plus opéré. On lui fait des séances de rayons, qui réduisent la tumeur et lui offrent un sursis. Mais seulement un sursis, pas une guérison. Plus globalement, on ne soigne pas une personne âgée comme on soigne un jeune. Certains acceptent cet état de fait, d'autres voudraient continuer à vivre, pour de vrai et non pas en sursis. Et vivre, cela veut dire être utile à quelque chose, et là encore, la société de propose rien, ou si peu. On s'est réjouit des progrès de la médecine, de l'allongement de la durée de vie. Les journaux s'extasiaient sur la longévité de Jeanne Calment. Oui, mais si c'est pour finir comme cela... C'est toute une vision du grand âge qu'il faut repenser, en se plaçant, nous jeunes et bien-portants, à la place des grands vieillards que nous serons probablement un jour.

Dans ces conditions, on peut comprendre ceux qui décident de partir alors qu'ils sont encore relativement valides, mais qui ne veulent pas vivre cette fin de vie qui n'apporte rien à personne et qui coûte à tout le monde. Mais reste un sentiment de formidable gâchis, d'un abandon collectif coupable, car le suicide est presque toujours un acte de désespoir. A-t-on fait tout ce qui était en notre pouvoir pour rendre supportable cette vie que l'on s'acharne à prolonger ?