Comme Anaclet de Paxatagore, mon attention a été attirée par un article du Monde 2, sur Marie-Ségolène Royal. Un océan de complaisance, indigne à mon avis d'un journaliste anglo-saxon. C'est peut-être pour cela qu'il a été repris par le Monde 2. La description de la carrière de la candidate à la présidence de la république est un modèle de flagornerie.

Notre petite Marie Ségolène, tout juste débarquée de sa Lorraine profonde, sans connaitre l'existence des grandes écoles, découvre au moment de passer son baccalauréat l'existence de Sciences-Po. Elle s'inscrit en prépa sur les conseils d'une cousine. Commence alors une saga digne des mille et une nuits. Elle intègre bien entendu Sciences-Po et dans la foulée l'ENA. En lisant l'article, on a une impression de naturel et de facilité. Les concours sont pour elle des formalités ! Ceux qui s'y sont frottés savent qu'il en va autrement. L'époque où les oies blanches de province pouvaient ainsi entrer dans le saint des saints est révolu, si jamais il a existé. La suite de la carrière n'est qu'une ascension sans faute. Remarquée pendant la campagne de Mitterrand en 1981, elle passe de chargée du courrier à conseillère du président. Là, c'est pour la touche conte de fée, la bergère devant princesse. 1988, elle débarque la veille de la cloture des candidatures dans un département qu'elle ne connaît pas et arrive à se faire élire. C'est tout juste, selon le journaliste, si les électeurs ne se battent pas pour la soutenir et la faire élire. Comme une fleur une fois de plus. Vient ensuite la carrière ministérielle, naturellement. Elle enchaîne les postes, à chaque fois ministre déléguée seulement, mais cela, on se garde de le souligner. On oublie aussi de dire qu'elle a été largement insignifiante comme ministre déléguée à l'enseignement scolaire entre 1997 et 2000. C'est vrai qu'avec un ministre de tutelle comme Claude Allègre, ce n'est pas évident d'exister. Enfin, couronnement de la carrière, Marie-Ségolène est présidente en 2004. Bon ce n'est que du conseil régional de Poitou-Charentes. Et contrairement à ce qui est dit dans l'article, ce n'est Jean-Pierre Raffarin qu'elle a terrassé, mais Élisabeth Morin, qui avait repris le poste en 2002. Notre héroïne a bien quelques défauts, mais qui sont finalement des qualités. Et surtout, elle est différente des autres, différente des parisiens, différente des énarques !! Elle a pourtant bien tracé son parcours dans un milieu où les atypiques sont gentiment écartés.

Tout cela pour nous faire comprendre que Marie-Ségolène Royal est prédestinée, à être la candidate de Gauche bien entendu, mais encore au delà. Y avait-il besoin de mobiliser un journaliste anglo-saxon et de ternir ainsi la réputation de la presse US pour un tel résultat ? Jean-Marie Rouart, grand thuriféraire de Saint-Germain-des-prés aurait bien suffi, mais cela se serait vu. Le Monde² porte finalement bien son nom. On y retrouve les ingrédients du quotidien (mauvaise foi et manipulations comprises) à la puissance deux.