Le 29 mai, la presse et les médias me disent que c'est l'anniversaire d'un référendum. Un an après le vote que tous reconnaissent comme historique, la pilule a encore du mal à passer et on y revient sans cesse, surtout pour se lamenter. Le Monde y consacre un beau dossier, très révélateur. Dans certains articles, on sent même de l'amertume, sur l'air du "vous avez cassé et rien reconstruit". En tout cas, les médias traditionnels ont la digestion difficile et une fois de plus, c'est sur les blogs que l'on trouve les analyses les plus intéressantes.

Pierre Bliger, se faisant le relais d'Yves Bertoncini, a proposé une analyse très pertinente, et que je partage. L'expression "despotime éclairé" qu'il emploie pour désigner la gouvernance de l'Union européenne est particulièrement heureuse. On a fait notre bien, sans nous demander notre avis. Une "technocratie conservatrice" est aux manettes, et c'est elle qui a été désavouée par les citoyens. Cela fait longtemps que le feu couvait. Le traité de Maastricht avait été ratifié d'extrême justesse en 1992, preuve d'un agacement des citoyens, qui ont clairement fait passer le message en 2005. Il est temps à une certaine élite de passer la main.

Reste maintenant à continuer l'Europe, car contrairement à ce que l'on a pu entendre, le rejet de la constitution européenne n'était en rien un vote contre l'idée même d'Europe. D'autres doivent maintenant émerger, pour porter un autre projet. Cela peut prendre du temps, pour changer d'élite, et surtout pour définir et faire agréer DEMOCRATIQUEMENT un nouveau pacte fondateur. Que doit-être l'Europe ? vaste sujet où toutes les options sont ouvertes. On peut déjà lancer quelques pistes.

La nouvelle Europe sera à géométrie variable, on ne peut pas faire à 25 ce que l'on faisait à 6 ou à 9. La constitution européenne proposait un mode d'organisation et de décision qui n'était pas mauvais en soi. Le débat n'a d'ailleurs pas véritablement porté sur cela. On peut donc réutiliser les réflexions et le travail menés. L'aspect démocratique doit impérativement être revu et les citoyens doivent pouvoir s'approprier l'Europe. Le non du 29 mai 2005 est en partie un rejet de ce "machin" lointain, qui pond des normes contraignantes que l'on doit appliquer sans avoir eu le sentiment d'avoir été consulté.

L'économie reste une priorité. Personne ne songe à revenir sur l'existence de cette vaste zone de libre échange, pas même les britanniques. C'est un axe qu'il faut creuser, car il reste encore beaucoup de travail, pour harmoniser les législations et surtout, amener les pays les plus en retard à un niveau de développement suffisant. A l'Est, les besoins sont énormes.

Le militaire et le diplomatique doivent réellement émerger. L'Europe, grande puissance économique, doit aussi devenir une grande puissance politique et diplomatique. Cela implique des renoncements de la part des Etats membres, notamment de la France, qui doit comprendre que son avenir passe par l'Europe. Les défis géopolitiques ne pourront être relevés qu'à cet échelon. Le général de Gaulle avait déjà cette intuition.

Enfin, l'Europe c'est aussi un modèle culturel, qui au delà des nuances régionales, a une unité et un sens. Nous sommes tous issus du même moule historique et culturel forgé par la romanité, le christianisme et une histoire commune. L'Europe a des racines qu'il lui faut affirmer plus qu'elle ne l'a fait. Dans la compétition mondiale que se livrent les grandes aires culturelles (Chine et extrême orient, Inde, Amérique du Nord, monde musulman), il est important de savoir d'où l'on vient. Nous formons une communauté, c'est un gage de cohésion et donc de survie dans la lutte mondiale.

Il ya donc du pain sur la planche et une dizaine d'années ne seront pas de trop pour que l'Union européenne puisse redémarrer et devenir l'Europe 2.0.