Le ministre des PME, du Commerce et de l'Artisanat a lancé un dispositif de reconnaissance officielle du commerce équitable. La loi avait déjà amorcé ce mouvement, mais les définitions proposées sont encore bien vagues. Le progrès est dans la volonté de certifier les labels, par le biais d'une commission sous le contrôle de l’État. Actuellement, les consommateurs qui achètent équitable ne savent finalement rien de l'action équitable ou pas du label, ni même de ce que le label met sous le mot "équitable". Ils doivent donc croire sur parole. C'est la porte ouverte aux arnaques, aux demi-tromperies et au non-dit, qui pourraient couler le label si on n'y met pas un peu d'ordre et de contrôle indépendant. L'initiative est bonne, espérons qu'elle aboutisse, ce qui n'est pas gagné.

Cela ne règle pas pour autant la question de fond. Le commerce équitable tel qu'il est pratiqué remplit-il réellement le rôle qui lui est assigné, à savoir participer au développement "durable" des pays du Sud ? J'ai des doutes, que j'ai déjà exprimés. D'autres billets comme celui de Guillaume Barry de Swissroll sont également prudents et dubitatifs. L'idée générale qui ressort de ces lectures, c'est une méfiance vis-à-vis de cette pratique. Partie d'une bonne intention, cette initiative avait un sens lorsqu'elle était encore pratiquée de manière "artisanale". Elle a perdu son âme en passant au stade industriel comme le démontre remarquablement Alexandre Delaigue d'Econoclaste. Michel Édouard Leclerc lui même se sent obligé de répliquer à des attaques, sans prendre position sur le fond du problème.

La véritable équité, on l'aura lorsque le producteur du Sud sera en mesure d'imposer sa volonté, sur le niveau du prix et sur le cahier des charges. Les pratiques du commerce équitable vont-elles dans le sens de l'instauration d'une véritable équité ? Peut-être, mais c'est une goutte d'eau qui ne changera pas grand chose. La solution est à un autre niveau. En attendant, la position des labels de commerce équitable oscille entre la naïveté et l'escroquerie intellectuelle.