On évoque de plus en plus la possibilité du départ de Dominique de Villepin et son remplacement comme Premier Ministre par Nicolas Sarkozy. Pour l'instant, nous sommes dans la rumeur, mais elle est trop insistante, et surtout, elle est objectivement fondée. Cette nomination serait même logique, l'ultime carte de Jacques Chirac pour tenter de griller celui qui a survécu à toutes les attaques. Il déteste Nicolas Sarkozy, qui l'a trahi (comme Chirac a trahi Chaban et Giscard). C'est la loi du genre et c'est quelque part un juste retour des choses. Depuis 2002, son objectif est de le tuer politiquement. A chaque fois, Nicolas Sarkozy a esquivé l'attaque, faisant preuve d'une force et d'une habileté remarquable. Il a montré depuis quatre ans qu'il est de loin le meilleur de sa génération à droite.

Pourtant, Chirac a tout essayé, le mettant ministre de l'Intérieur en 2002, poste hautement sensible, la lutte contre l'insécurité étant alors au cœur des préoccupations des français. Il le transfère ensuite aux finances, autre poste casse-gueule. Sarko ne s'y sent pas à l'aise et son élection comme président de l'UMP est l'occasion de se sortir de ce piège. Il n'a pas fait grand chose à Bercy, mais il peut plaider le manque de temps. Et vu le bilan des autres ministres des finances , il ne s'en sort pas mal. Après un intermède, Chirac lui tend un nouveau piège. Il lui propose de revenir comme numéro deux d'un gouvernement dirigé par Dominique de Villepin. On retente l'opération de 2002, mais avec cette fois un tueur à Matignon. Plus question d'attendre que Sarkozy se casse les dents sur un dossier (le bougre est capable de réussir encore). Le contrat passé entre Villepin et Chirac est clair : à Villepin la succession s'il arrive à abattre le gêneur Sarkozy. Une nouvelle fois, c'est un échec, le poulain officiel ne se montrant pas à la hauteur. Il s'est brulé les ailes en voulant courir après Sarkozy. Le CPE était une opération à haut risque. Villepin s'y est lancé à corps perdu, avec panache et témérité. Il s'est scratché, tout seul, comme un grand. Et encore une carte en moins pour Chirac. L'échéance est maintenant dans un an, Sarkozy est toujours vivant, et pire, à chaque fois plus fort.

Sarkozy à Matignon, c'est tout ce qui reste à Jacques Chirac, avec comme arrière pensée la politique de la terre brûlée. Plus le temps de faire émerger un concurrent crédible à droite. En 2007, c'est Sarkozy ou la gauche. Si Chirac voulait préserver les chances de la droite, il laisserait le seul champion qui reste à l'abri. Il ne manque pas de candidats prêts à se "dévouer" pour faire quelques mois à Matignon. Nommer Sarkozy premier ministre, alors qu'il ne reste plus assez de temps pour faire œuvre utile, c'est tenter de le griller. Mais c'est un pari incroyablement risqué pour Chirac, car Sarkozy est devenu plus fort que jamais, alors que Chirac est de plus en plus seul. Je ne sais pas s'il se rend compte de ce qu'est une fin de règne. Qu'il regarde la dernière année du mandat de François Mitterrand, il comprendra.

Les atouts de Sarkozy sont impressionnants et c'est lui qui est en position de force. Il a survécu à tout. La réserve de coups bas est épuisée, et pourtant, ils sont inventifs dans les officines de la vieille droite gaulliste. Il ne faut pas oublier que Sarkozy a été à l'école de Pasqua et que l'élève a doublé le maitre en lui soufflant la mairie de Neuilly en 1983. Depuis quatre ans, sa montée en puissance s'est accompagnée d'un retournement complet de son image dans l'opinion. Il est certes controversé, mais il plait fortement à l'électorat de droite et d'extrême droite, et c'est cela qui compte. Cela ne sert à rien d'avoir des "bonnes opinions" de gauche qui ne se transformeront pas en bulletins de vote dans l'isoloir. Enfin, l'ensemble de la classe politique de droite a compris que l'avenir, c'est lui, que le seul à même d'assurer leur réélection, c'est Sarkozy. Mis à part quelques irréductibles, l'ensemble des députés UMP lui mangent dans la main. Le vrai patron, au parti mais aussi à l'Assemblée nationale, c'est Sarkozy. Le camp des chiraco-villepinistes, c'est devenu un désert et mis à part Jean-Louis Debré, ils n'ont plus aucun leader visible (en encore, Debré n'a aucun pouvoir exécutif, juste un tribune pour faire le maitre d'école qui admoneste).

En appelant Sarkozy à Matignon, Chirac prend le risque d'être définitivement marginalisé et de se retrouver à inaugurer les chrysanthèmes. Il n'a aucun moyen de pression, aucune monnaie d'échange et en cas de crise ouverte, il est directement menacé. Si Sarkozy décide de démissionner, Chirac se retrouve les mains vides. Il n'a déjà plus aucune marge de manœuvre ni aucune crédibilité politique, il serait alors au fond du trou (sans vilain jeu de mot). Comme je l'ai déjà annoncé, la main est passée.