Après avoir dénoncé le "clientélisme" de l'UMP auprès des rapatriés avec la reconnaissance du "rôle positif de la colonisation", les députés socialistes se lancent à leur tour et sans aucune pudeur, dans la quête clientéliste de voix, mais cette fois auprès de la communauté arménienne. La loi Gremetz a officialisé en 2001 la reconnaissance par la France du génocide arménien de 1915, nous offrant à l'occasion une petite crise diplomatique avec la Turquie. Toutefois, cette reconnaissance n'était assortie d'aucune sanction, comme il en existe dans la loi Gayssot qui réprime la négation de la Shoah. On peut donc discuter en toute liberté de la réalité du génocide arménien.

Depuis cette date, le lobby arménien n'a de cesse de réclamer la création d'une incrimination de "négation du génocide arménien". Des propositions de loi ont été déposées par des députés de tous bords, y compris au sein des rangs de l'UMP (Eric Raoult et Richard Maillé). Les socialistes ont eu aussi leur proposition de loi, déposée par Didier Migaud. Si on jette un coup d'oeil sur ce que les députés déposent comme propositions de loi, on se rend bien compte que l'on est dans la pétition de principe et qu'il s'agit surtout de faire plaisir à tel ou tel groupe. Comme les chances d'aboutir sont très minces, on y trouve tout et n'importe quoi, y compris des mesures réglementaires.

Les choses auraient pu en rester là sur un sujet aussi sensible, surtout après le débat autour de ces lois mémorielles, qui a bien mis en évidence la gêne de beaucoup, et en premier lieu des historiens, face à ces "vérités officielles" sanctuarisées par la loi. La plainte déposée contre Olivier Pétré-Grenouilleau avait été la goutte qui a fait déborder le vase pour des historiens déjà soumis à de fortes pressions dans le débat sur la colonisation. Cet universitaire reconnu et intègre s'est retrouvé traîné devant les tribunaux après avoir publié une synthèse (excellente et primée à plusieurs occasions) qui mettait à mal les théories d'associations de "descendants d'esclaves". On a mis aussi en exergue à cette occasion les dangers de cette course à la victimisation, chaque communauté (descendants de déportés juifs, descendants d'esclaves...) cherchant de cette manière à obtenir des réparations symboliques, mais aussi sonnantes et trébuchantes. L'un des effets visibles de cette compétition est la radicalisation de l'humoriste Dieudonné, qui vire à l'antisémite hargneux, avec des soutiens dans la communauté noire dont il se revendique le porte-parole.

La décision du groupe socialiste d'inscrire à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale la proposition de loi de Didier Migaud me semble révélateur des véritables choix des socialistes, qui restent campés sur une position politicienne à courte vue. Entre la préservation d'une liberté fondamentale et les intérêts d'une communauté, ils ont fait leur choix. Désolant et irresponsable! Heureusement, cette initiative est vouée à l'échec, une proposition de loi venant de l'opposition n'ayant en effet aucune chance de passer. Mais cela me navre car j'avais espéré que ce débat marquerait un tournant et que l'on cesserait d'imposer des "versions officielles" de l'histoire, qui sont de véritables dénis de la liberté d'expression. Je constate que ce n'est pas gagné.