L'affaire dite "Clearstream" occupe actuellement les médias, qui s'empressent de relayer abondamment les moindres développements de cette affaire, jusqu'aux plus petits froncements de sourcils des protagonistes. En agissant ainsi par goût du sang, les médias français donnent une dimension à cette affaire politico-judiciaire somme toute banale et sans grand intérêt, hors du contexte d'une pré campagne présidentielle. La blogosphère s'y est mise aussi, avec notamment Ceteris paribus, Koz et Versac.

Les faits sont relativement simples. A l'occasion d'une importante vente d'armes, des commissions plus ou moins occultes ont été versées à des intermédiaires. Jusque là rien que très habituel dans ce domaine, et vu la masse financière des contrats, ces quelques à cotés sont finalement peu de choses. Qu'à cette occasion, des responsables politiques et militaires, chez le vendeur et chez l'acheteur, aient touchés des sommes versées sur des comptes discrets dans des paradis fiscaux, cela s'appelle de la corruption, mais là encore, c'est habituel. Ce qui change un peu dans le dossier de vente des frégates à Taïwan, c'est la difficulté posée par la République Populaire de Chine. Il a donc fallu arroser plus large, pour lever les réticences en Chine, et obtenir les autorisations en France.

La justice, qui enquête sur cette affaire (normal, vu le parfum de corruption qui s'en dégaeait dès le début), reçoit un listing de personnes ayant touché des commissions sur un compte discret à l'étranger, via une société luxembourgeoise appelée "Clearstream". Le montage est classique, le dossier de la vente des frégates a généré des flots de commissions occultes. L'accusation est tout à fait crédible, le juge retient donc ce document et lance les investigations. Là encore, rien à redire, affaire malheureusement tristement banale.

Les choses se gâtent lorsque l'on sait que sur la fameuse liste, figure le nom de Nicolas Sarkozy. Pour un candidat à la présidentielle, c'est un coup quasi mortel, une accusation dont il ne va pas pouvoir se dépêtrer, comme Giscard avec ses diamants. Voyant l'affaire venir, Sarkozy revient au ministère de l'Intérieur avec la ferme intention de tuer dans l’œuf cette menace, en faisant toute la lumière sur ce document, dont absolument rien ne prouve l'authenticité. D'ailleurs, aujourd'hui, il est à peu près clair pour tout le monde que cette liste est bidon et qu'il s'agit d'une tentative de manipulation (ou alors sarko a réussi là un magnifique coup de communication, allez savoir...).

C'est là que commence la véritable affaire politique: qui a balancé la liste ? A qui profite le crime ? Et là, les regards se tournent vers Chirac et de Villepin. C'est vrai que cette affaire sent à plein nez le coup fourré, comme il y en a eu à chaque présidentielle, pour tenter de déstabiliser un candidat majeur. Souvenez-vous de l'affaire Markovic, en 1969, où Madame Pompidou est plus ou moins accusée de participer à des soirées fines, ou la vente de terrains par les Chodron de Courcelles, famille de Madame Chirac en 1995. A chaque fois, l'accusation est bidon, mais le coup peut porter et disqualifier un candidat.

Il faut donc prendre ce dossier pour ce qu'il est, une péripétie de début de campagne présidentielle. Mais une fois de plus, Nicolas Sarkozy a été très fort, car il a réussi à détourner cette torpille, et ceux qui sont maintenant bien ennuyés, ce sont les chiraquiens, Michèle Alliot-Marie et Dominique de Villepin en tête.