Ce matin, intéressante émission de France Culture, à laquelle ont participé Maitre Eolas, Versac et Zaki Laïdi, de Telos-eu, portant sur les blogs et les usages de l'internet.

Le plateau d'invités et de chroniqueurs offrait une palette d'opinions et de positionnements intéressants, bien que différents. L’appellation blogs de cette émission est un peu trompeuse et ne recouvre pas complètement, à mon sens, ce qui a été traité. On parle avant tout de diffusion des idées et des informations sur internet. Les blogs y ont largement leur part et dans ce créneau, le choix de Versac et Maitre Eolas (préselectionnés par Le Monde) est pertinent et représentatif. La présence de Zaki Laïdi, qui se défend de tenir un blog et ne veut surtout pas être assimilé à la blogosphère, est elle aussi pertinente dans cette optique, car il présente un autre visage de cette diffusion de productions intellectuelles via internet. Par contre, tout l'aspect "blogs de vie et blog égotistes" a été complètement écarté, bien que formant le plus gros bataillon de la blogosphère.

Les échanges ont été de très bon niveau, et je ne saurais prétendre tout reprendre et analyser ici. Comme d'autres, je préfère me concentrer sur ce qui m'a touché et interpellé, dans l'émission, mais aussi dans les commentaires sur l'émission. Personne n'était hors sujet et on a le droit comme Slama d'être hermétique à la blogosphère.

Sa vision d'un grand bazar où se côtoie le pire et le meilleur se défend. Les blogs sont d'abord destinés à satisfaire l'égo de ceux qui les tiennent, et chez certains, c'est le seul horizon. C'est sûr que lorsque l'on recherche une communication et des échanges d'un certain niveau intellectuel, on peut être déçu. Je ne peux que l'inviter à revenir sur les blogs, mais en passant par les bonnes portes d'entrée. Il trouvera des blogs dont la qualité intellectuelle vaut bien des "tribunes" et autres "rebonds". Les médias traditionnels ne sont pas forcement gage de qualité. C'est en effet la rentabilité financière qui prime, ce qui n'incite pas à l'audace et à la prise de risque.

La position de Zaki Laïdi est tout aussi intéressante, et il avait toute sa place dans cette émission. Il ne se reconnait pas dans le phénomène blog, ce n'est pas pour autant une marque de mépris ou de snobisme. Il est dans la mouvance de ce milieu intellectuel et universitaire, qui a ses règles et ses coutumes. Internet est un moyen de communication comme un autre, mais ils n'ont pas intégré toutes les potentialités de l'outil. Ils sont clairement dans la position professorale, du docteur qui parle du haut de sa chaire. Une fois que le maître, celui qui a une légitimité irrécusable, a parlé, rien ne saurait être dit de plus. Il a forcement fait le tour de la question et son propos fait autorité. Ce n'est pas du tout notre culture de blogueurs, mais je respecte cette ligne et ce choix, qui est cohérent et totalement assumé par Zaki Laïdi.

La culture blog est un phénomène très neuf, qui touche quasi exclusivement les moins de 40 ans. Les "officiels" et les "institutionnels" des médias et de la communication commencent tout juste à se rendre compte que quelque chose existe. Cette émission est formidablement parlante, avec cette coupure entre nos deux blogueurs et les autres, qui sentent qu'il y a là un sujet, mais qui n'ont pas les clés, les schémas intellectuels et la pratique pour appréhender le phénomène dans sa globalité. La plupart n'y arriveront d'ailleurs pas, soit ne voulant pas s'y intéresser, soit trop figés pour se remettre en question.