En feuilletant le Paris Match du 13 avril, je suis tombé sur un publi-reportage sur BHL. Son dernier opus "american vertigo" ainsi que le personnage ont fait l'objet de billet ici, et plus récemment chez Radical Chic.

Le ton et la complaisance des deux pages d'entretien m'ont sidérés. Cela commence par "le french intello qui séduit Manhattan". "encensé ou jalousé, BHL est une légende vivante". La phrase en haut de la deuxième page résume le ton "Il n'a le tort que d'être beau, riche, célèbre et de ne pas s'en contenter. Ce sont des privilèges qu'on pardonne difficilement au pays de l'égalité". Simplement incroyable que telles salades puissent être imprimées et distribuées. Certes, Paris Match n'est pas une revue intellectuelle, et son public vient surtout pour le choc des photos, de préférence de la famille de Monaco ou d'Angleterre (comme par hasard toutes les deux présentes dans le même numéro). Un intérêt toutefois, cet article offre une revue des clichés "philosophe engagé à la française".

Il faut d'abord être à Saint Germain des prés. BHL s'y fait photographier, dans son bureau, mais aussi boulevard Saint Germain. Comme le lieu n'est pas très identifiable (il est dans la rue), on prend soin d'apporter la précision dans la légende. Bien entendu, BHL est célèbre, et cela avant 30 ans "il a rejoint la lumineuse cohorte des demi-dieux que nous admirons autant que nous les envions" (sic). Il est riche, mais cela ne l'intéresse guère (ben voyons). Il est dans un autre monde que le notre, "il ne fait pas la queue dans la boutique du teinturier le samedi matin" (vu qu'il porte ses éternelles chemises blanches à col ouvert).

Bien que philosophe de formation, "son esprit ne s'est pas égaré longtemps dans les nuées". Comprendre : ce n'est pas un jargonnant, qui écrit des livres stratosphériques que personne ne comprend. Il ne faut surtout pas effrayer le lecteur de Paris-Match, le but est quand même de faire vendre le dernier bouquin, voire les autres que l'on cite habilement tout au long de l'entretien. Toutefois, cette présumée facilité de lecture n'est pas un défaut ni un manque de sérieux, car notre BHL "a vécu dans la familiarité de Heidegger, de Sartre et d'Althusser" et en plus c'est un hyperactif "il a un formidable appétit, une boulimie à faire les choses". L'acheteur potentiel est rassuré, c'est de la bonne...

Comme tout bon intellectuel, BHL est un pluriactif: philosophie, roman, théâtre, cinéma. Créateur d'un courant, les nouveaux philosophes, de revues et bien entendu, intellectuel engagé à l'autre bout du monde (Bosnie, Afghanistan). Un bémol toutefois, parce que l'intellectuel français ne saurait être parfait: "il n'a connu qu'un Waterloo, l'échec de son journal l'imprévu". anecdotique face à la mâââsse des succès.

Enfin, l'intellectuel français est détesté et jalousé "controversé". "BHL est comme ces héros de la mythologie grecque, proies de la fatalité qui ont beau élargir les bornes de leur empire, ils voient aussi s'accroitre la malédiction dont ils sont l'objet. Pas moins de six biographies ont tenté de déboulonner l'idole". Bien entendu "la fièvre inquisitoire" des ennemis ne trouve rien de probant "quel triste métier d'aller chercher des poux dans la crinière du lion". Rien que ça ! De toute manière, la critique parisienne est "délétère", donc nulle et non avenue.

Il faut véritablement être dans Paris-Match pour toucher le fond à ce point. Le plus dur, c'est lorsqu'on lit le nom de l'auteur de cet article : Jean-Marie Rouart, de l'académie française. On est tombé bien bas quai Conti, pour en être réduit à faire le garçon d'ascenseur.