La question écrite est un moyen pour le parlementaire d'interroger le gouvernement. La question est publiée au Journal Officiel et le ministre interrogé doit en principe répondre dans les deux mois. Sa réponse, qui paraît également au JO, a valeur juridique et engage l'administration. Les parlementaires peuvent en poser autant qu'ils en veulent.

Les sénateurs, hormis Jean-Louis Masson, sont assez tranquilles et n'abusent pas du procédé. Par contre, certains députés sont des acharnés. Une course s'est ainsi engagée, à celui qui sera en tête et finira le mandat avec le plus de questions écrites. Dans ce petit groupe, on trouve Jean-Luc Warsmann (UMP Ardennes), Francis Falala (UMP Marne), Bruno Bourg-Broc (UMP Marne), Marie-Jo Zimmermann (UMP Moselle), Thierry Mariani (UMP Vaucluse). Ce sont des habitués de ce classement, avec une véritable organisation, qui sort les questions écrites par paquets de 50. Les ministres ont bien du mal à suivre. Pour arriver aux chiffres faramineux de plus de 2000 questions en 4 ans, ces parlementaires ont quelques techniques.

D'abord, tout est bon pour faire une question. Les associations ou groupements les plus obscurs qui ont une cause à défendre peuvent amener les questions qui les intéressent toutes rédigées. Il y aura bien un ou plusieurs acharnés pour les reprendre. Ils ne sont d'ailleurs pas toujours regardants, ce qui peut leur jouer des tours. Les plus anciens se souviennent encore de la question posée par l'un des sus-nommés, sur une histoire abracadabrentesque de trafic de sperme de chameau séché.

Ensuite, on peut faire "pisser la vigne" comme des vignerons peu scrupuleux. On prend un rapport, et à chaque proposition formulée par ledit rapport, on interroge le ministre concerné sur ce qu'il en pense et ce qu'il compte faire sur le sujet. A ce rythme, un bon rapport vous fait facilement une trentaine de questions écrites. Facile et pas cher. On peut aussi poser la même question à tous les ministres, en leur demandant ce qu'ils font pour l'accessibilité aux handicapés dans leur ministère, combien de rapports et circulaires ont été pondus par leurs services ou combien de directives européennes sont en retard de transcription. Cela peut être intéressant, notamment pour comparer les réponses des différents ministres mais en général, l'intérêt de ces questions est anedoctique et ce n'est pas cela qui fait avancer la France.

Bien entendu, entre concurrents, on s'épie et on se copie. Rares sont ceux qui reprennent les questions des autres mot pour mot, mais on recycle l'idée et on reformule. Les ministres ne s'y trompent pas et donnent la même réponse à ces questions jumelles. Enfin, il y a ceux qui n'ont honte de rien et dans ce domaine de la gonflette, la palme revient à Marie-Jo Zimmermann, qui repose ses questions écrites restées sans réponse, s'étonnant auprès du ministre que sa question numéro tant, de tel jour, n'a toujours pas eu de réponse et demandant les raisons de ce retard.

Ce petit jeu est une illustration de la décadence du Parlement. Un instrument qui doit servir de moyen de contrôle, et dont on ne devrait pas abuser est dévoyé et quelque part décrédibilisé.

Supplément du 11 avril: le même raisonnement s'applique aussi aux propositions de loi, comme le démontre Anaclet de Paxatagore.